
samedi 4 décembre 2010
Jean Genet (des barreaux aux planches)

mardi 16 novembre 2010
L'Orientalisme en Europe : les Amériques du XIXe
Du titre de l'exposition De Delacroix à Kandinsky, il faut surtout retenir le premier nom, "Delacroix", Kandinsky ne faisant que fermer la visite par son tableau de 1909 intitulé Improvisation III. Cette œuvre, qui relève de ses premières périodes, celles où le peintre se déleste des traits figuratifs pour adopter l'abstrait, est la réminiscence d'un séjour en Tunisie, effectué quatre ans plus tôt (1904-1905) avec sa bien-aimée Gabriele Münter. Peut-être est-ce Kandinsky, le beau cavalier allant chercher sa dame dans sa tour arabe, toujours est-il que par les touches de couleurs, le peintre semble avoir apposé sur la toile l'image mentale qu'il avait de ce séjour en amoureux hivernal... d'où, qui sait ?, l'alliance du rouge et du bleu.
Le visiteur est ici bien loin des premières toiles de l'exposition, de ces images précises que les artistes avaient pu produire en accompagnant les missions diplomatiques.
En 1798, l'expédition d'Égypte, menée par Bonaparte, transportait, outre des militaires, une armada de scientifiques dont un des objectifs était l'étude d'un éventuel percement du canal de Suez. Quant aux troupes françaises, elles devaient s'emparer de l'Égypte, et avec elle de l'Orient, en y chassant les Anglais et les Mamelouks (sous le pouvoir ottoman). Militairement, l'expédition n'a pas fait long feu, l'armée est rapatriée en 1801 par vaisseaux anglais. Scientifiquement, on lui doit la trouvaille de la pierre de Rosette et une Description de l'Egypte publiée sous les ordres de Bonaparte (présentée au sein de l'exposition). Toute une préparation scientifique qui permettra les grandes trouvailles archéologiques, celles de Champollion ou d'Auguste Mariette, découvreur, en 1851, de l'entrée du sanctuaire de Memphis.
Ce nouveau monde qu'est « l'Orient » est alors exploité en tous sens par les artistes et l'exposition transpire bien
cet engouement : les peintres dévoilent les vestiges archéologiques, l'épopée militaire (Cf. les tableaux de Jean-Louis Gérôme), détaillent les types arabes, tentent de s'immiscer dans les pré-carrés des femmes (Femmes d'Alger dans leur intérieur, Delacroix, 1847), etc. Leurs précisions cliniques s'aventurent jusque dans leurs fantasmes : cette arabie si proche est une terre sublimée de plaisirs et de volupté -celle des harems des femmes, des rêves sortis des fumées des narguilés et des Cléopâtres mortes romantiquement puisque suicidées à coups de serpents-, dont l'histoire est revisitée -les tableaux religieux se fondent dans des décors archéologiques, les vestiges de la culture mauresque sont excavés-, qui contraste en tous points avec leur Europe industrielle, positiviste et urbanisée. Il faudra attendre qu'un premier peintre se rende en indépendant en Algérie (Renoir en 1881) pour que ce romantisme paré de détaillisme s'estompe. Dès lors, les tableaux s'épurent : formes, couleurs, impressions remplacent Histoires et précisions.
En avril 2009, via l'exposition "Voir l'Italie et mourir", le visiteur d'Orsay emboîtait le pas aux artistes romantiques du XIXe lancés, pinceaux et appareils photos en main, dans le "Grand tour" [de l'Italie] pour traquer découvertes archéologiques, richesse historique et lumière méditerranéenne. Dès les années 1820-1830, ils usaient le concept de "Rome-destination finale" en rallongeant leurs itinéraires jusqu'à Constantinople. A Bruxelles, le visiteur les suit à la trace.
NB : Très peu de textes accompagnant les tableaux, il faut penser à se munir à l'entrée du livret de l'exposition (gratuit) et à faire un tour sur le site internet, très complet.
Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique, 3 rue de la Régence, 1000 Bruxelles. du mardi au dimanche de 10h à 17h, fermés les lundis, le 25 décembre et le 1er janvier. Tarifs : 9 euros / 6,5 euros pour les séniors / 2,5 euros pour les moins de 26 ans.
vendredi 12 novembre 2010
André Kertész au Jeu de paume : de la naïveté à la nostalgie





samedi 6 novembre 2010
Siri Hustvedt est "La femme qui tremble"

vendredi 29 octobre 2010
« Solutions locales pour un désordre global » : du (bon) grain à moudre
- celle de Vandana Shiva, physicienne et l’une
- Pierre Rabhi, ouvrier agricole devenu l’un des pionniers de l’agriculture biologique. Il appelle ruraux ou citadins à redevenir autonome, soit en cultivant leur jardin, soit en se ravitaillant auprès de petits producteurs, afin de construire «des ponts» au-dessus d’un système qui nous ôte ce qui est à la fois notre devoir et notre droit : nous nourrir nous-même.
- Lydia et Claude Bourguignon, respectivement maître ès sciences agroalimentaire et ingénieur agronome. Ils ont quitté l’Institut national de recherche agronomique (Inra) suite à un désaccord sur les orientations de cette institution pour créer leur propre laboratoire (le Laboratoire d’Analyse Microbiologique des Sols). Ils prônent les rotations de culture et rappellent l’importance de faire cohabiter forets, élevage et agriculture.
- -Dominique Guillet : fondateur de l’association Kokopelli qui préserve les graines anciennes afn de lutter contre la confiscation de semences par les industriels. L’agriculteur Philippe Desbrosses fait de même. Il est pionnier de l’agriculture biologique en France.
- Joao Pedro Stedile, économiste brésilien et l’un des membres fondateurs du Mouvement sans terre ;
- Serge Latouche, économiste théoricien de la décroissance. Il rappelle qu’au rythme où les Occidentaux consomment, bien plus d’une planète serait nécessaire.
- Paysans brésiliens, indiens, français, etc.
Ces voix dénoncent et présentent des solutions. Elles prouvent que l’agriculture biologique est, finalement, bien plus rentable que l’intensive, puisque son bénéfice est d’ordre économique, écologique, esthétique et humain…
…afin que le spectateur, urbain, rural, agriculteur ou non, se mette à manger autrement. Un film non seulement à voir, mais à diffuser. Absolument.
Sortie en DVD le 2 novembre.
mardi 26 octobre 2010
« N'omets pas de leur parler d'amour » : les ponts de Mathias Enard
Sur la voûte de la chapelle Sixtine, le doigt du créateur ne touche pas celui de l'homme auquel il vient de donner la vie. Adam a le visage d'un poète turc, prétend l'écrivain Mathias Enard ; Mesihi de Pristina serait ce poète. Il est mort pauvre en 1512, époque à laquelle Michel-Ange concluait la chapelle. De Michel-Ange on a beaucoup parlé, de la chapelle et de dieu aussi, les manuscrits de Mesihi sont dans les bibliothèques de Vatican et de Vienne. Mais d'une éventuelle rencontre entre l'artiste toscan et le calligraphe et poète ottoman bien peu... Pour l'inventer, l'orientaliste Mathias Enard se base sur un fait bien réel : invité à Constantinople, le jeune Michel-Ange a esquissé un projet de pont pour la Corne d'or qui n'a jamais vu le jour. Cette occasion -ou cette oeuvre- manquée, l'auteur la saisit comme une opportunité pour raconter les débuts d'un jeune génie, son amour de la plastique des corps, ses batailles pour obtenir des contrats (notamment de la part du pape Jules II), son énergie insondable que recouvre une frustration toute aussi immense, une incapacité d'aller à la rencontre des autres, des femmes, qui s'explique par trop d'absorbement dans les objets à contempler et à créer, et qui sera résolue, dialectique salvatrice, par la création. Ainsi, le doigt de dieu serait celui de l'esthète orgueilleux, de l'ami insatisfait qui n'arrive à toucher la chair que par l'intermédiaire de ciseaux, crayons ou plumes. De retour de Zone (Actes Sud -prix du livre Inter 2009), œuvre magistrale sans
point qui se lit comme elle semble avoir été écrite -en un souffle-, Mathias Enard nous offre en cadeau ce précieux conte où se rencontrent, dans la ville des carrefour,s génies italiens et turcs. Comme dans Zone, il bâtit des ponts entre les rives méditerranéennes sur lesquels il fait passer vers, intrigues, amoureux secrets, sultans, singe et éléphant...
Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants, de Mathias Enard, Actes Sud, 153 p., 17 euros.
Zone est sorti en collection Babel (poches d'Actes Sud) en août 2010, 528 p.
dimanche 24 octobre 2010
L'or des Incas, des Chimus, des Mochicas, de Sican, etc...
L'Eldorado que cherchèrent les explorateurs européens existait bel et bien, il se nichait dans les jardins du temple de Coricancha (temple du Soleil) à Cuzco : les massifs y étaient garnis de morceaux d'or fin, des bassins et des vases étaient façonnés de ce même métal et incrustés d'émeraude. La Pinacothèque (Paris 8e) expose quelques pépites du trésor des Incas et des civilisations qui les précédèrent. Une collection riche mais mal organisée...
Le Candide de Voltaire découvre au chapitre XVIII de son conte
"l'Eldorado" : reste du pays des Incas que leurs descendants ont préservé des Espagnols. Le Macchu Picchu n'était pas encore connu des Européens au début du XVIIIe siècle mais Voltaire décrit son Eldorado comme « inaccessible », « entouré de hautes montagnes » et de dangereux rapides. Le chanceux Candide réussit pourtant à y entrer et à en sortir chargé de « cailloux et de boue» [comprendre : d'or]. Malheureusement, il perdit bien vite ses pépites dans les précipices...
Les colons espagnols ne surent guère mieux profiter du butin américain : les économistes s'accordent à dire que les richesses rapportées du Nouveau Monde engluèrent l'économie de la péninsule ibérique. Dormant sur ses lingots, la première puissance européenne décrépit dès le XVIIe siècle.
L'exposition de la Pinacothèque rassemble plus de deux cent cinquante pièces provenant des civilisations incas, mais aussi chimus, mochicas, sican, huari, soit des peuples qui pendant deux mille ans peuplèrent le Pérou actuel, l'Equateur, la Bolivie, le Nord du Chili et de l'Argentine. Les Incas n'étaient guère plus doués en tissage, en orfèvrerie ou en poterie que les autres. Simplement, ils furent les derniers à conquérir et à unifier le territoire avant l'arrivée des Espagnols. En bons derniers, ils récupèrent les inventions et les talents de leurs aînées pour construire une civilisation dorée, luisante et aussi fugitive qu'une météorite (1400-1533). Les chroniques des conquistadores la rendirent célèbre.
L'or comme alpha et oméga de la légende inca
Afin de mettre en lumière ce « syncrétisme », la Pinacothèque utilise l'or comme accroche. Dans un univers inca divisé en trois -le ciel, le monde des hommes et celui des défunts-, le précieux métal servait d'intermédiaire : sueur du soleil, donc du dieu le plus puissant, il lui était rendu par des cérémonies et dans les temples ; il protégeait les pectoraux des vivants comme ceux des morts (cf. la tombe du Seigneur de Sipan, tombe moche découverte en 1987 qui recelait une quantité considérable de métaux précieux). Sous forme de bijoux, l'or symbolisait la vassalité des notables vis à vis de l'Inca : ce dernier les récompensait par des parures qui ne pouvaient être portées qu'avec son autorisation.
En capturant les orfèvres chimus (« civilisation » dont l'apogée précéda celle des Incas) pour leur faire travailler le précieux métal à Cuzco, les Incas volaient, avec leurs doigts, leur or.
Francisco Pizarro conquit le Pérou pour son or en ayant au préalable pris soin d'amplifier la rumeur selon laquelle un eldorado existait dans la région. Ainsi, il put se faire financer son expédition par les rois Espagnols.
Pizarro demanda à Atahualpa, l'empereur Inca qu'il captura, tout son or en échange de sa vie. Le souverain fit venir sa fortune des quatre coins du pays. Il fut exécuté afin que la totalité de la rançon ne fut versée. Des marins qui ramenaient une partie du trésor par le lac Titicaca auraient, furieux de cette trahison, fait couler leur cargaison. De là, serait née la légende d'un trésor inca perdu.
Une partie de ce trésor brille devant les yeux des visiteurs parisiens. Mais comme le traître Pizarro, les avaricieux espagnols, peut-être comme les Incas face à Chanchan (la grandiose capitale chimu dont les ruines se visitent aujourd'hui depuis Trujillo [au Pérou]), en tous cas comme Candide, le commissaire et son équipe ont perdu beaucoup de pépites en route : dorée, l'exposition est mal présentée, presque brouillonne. La première partie redore le blason des civilisations pré-incas, toutefois les cartes synthétiques qui auraient pu accompagner des textes bien denses se trouvent un étage plus bas, à côté d'un paragraphe sur les bijoux... Certaines vitrines mériteraient des explications qui ne manquent pas à l'historien puisque le visiteur les trouve dans les guides de l'exposition.
Ainsi ce pense-bête présenté en première salle fait l'effet d'un grand collier de cordes nouées. Il s'agit en fait d'un quipu ("noeud" en quechua), boulier permettant de véhiculer d'un bout à l'autre d'un Empire sans écriture des informations militaires, statistiques ou administratives. Ce pense-bête n'a rien d'Inca, lit-on dans le hors série publié par le Figaro : des quipus datant de 2000 av JC ont été retrouvés dans la citadelle de Caral (N. de Lima). Là encore, le génie des Incas fut de récupérer et centraliser les outils de plusieurs civilisations. Et ce fut cette optimisation qui se révéla être leur véritable or. Quant à l'exposition, plus brillante qu'enrichissante, elle n'est qu'une porte d'entrée dans le temple.
Jusqu'au 6 février 2011 à la Pinacothèque (métro Madeleine).
Tous les jours de 10h30 à 18h. Mercredi jusqu'à 21h.
Tarifs : 8 euros pour les moins de 25 ans et les étudiants / 10 euros
A lire : le hors-série du Figaro, L'or des Incas, 7,90 euros
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