jeudi 15 novembre 2012

Tété épisode 2 : Quitte à être généreux...

Mercredi 7 novembre 2012. Après quelques jours de tweets acharnés pour faire partie des heureux chanceux, 5 joyeux tweetos sont invités à une masterclass guitare avec Tété. Plus moi, qui n’ait pas touché une guitare depuis mes folles années scoutes. Mais je vais jouer du clavier… de téléphone portable. 

Jeudi 8 novembre 2012. Rendez-vous est pris à 18h30 au Studio Bleu, dans le 10e arrondissement de Paris, au dessus du New Morning et non loin du studio où Tété enregistre son nouvel album (dont on ne connait toujours pas le titre, soit dit en passant).
11h20. Je prends un TER cette fois. Pour que l’aventure soit folle jusqu’au bout… 5h de train. Je passe par des villages inconnus, qui me rappellent beaucoup la chanson « Villages pourris » des Wriggles (pour l’écouter, c’est ). Comme d’habitude, j’arrive en avance et me rends directement dans mon quartier préféré de Paris. St Denis est cosmopolite, artistique et ne se fatigue jamais. Je bois un verre en attendant impatiemment l’heure  de mon deuxième rendez-vous avec la Team Tété – qui s’agrandit – et l’artiste qui nous invite généreusement.
18h30. Je retrouve Louis, assistant du manager de Tété dans la boîte Derrière Les Planches. La Team est en retard, mais on prend le temps de se retrouver.
19h. Tout le monde est là, même Imany, en guest imprévue. Douce présence… Nous montons au Studio Bleu, en traversant un espace grouillant de musiciens - surtout des mecs…
Entre guitares folk et guitares classiques, six musiciens se retrouvent pour 45 minutes de masterclass détendue et enrichissante. Diffusée en live sur le web (via livastream) et livetweetée par Rachel de Cinq7 (label de Tété) et moi.


Tété explique simplement qu’il ne sait pas lire la musique mais qu’il aime faire sonner des accords simples et rythmer ses morceaux avec de petites astuces. 


Les tweetos n’ont pas tous le même niveau de guitare, mais chacun a l’air d’y prendre du plaisir. Dès les premières minutes, ça groove. Je trouve qu’ils ont la classe… Moi qui laisse ma guitare prendre la poussière à la cave.
Apparemment, Tété aime se désaccorder d’un demi-ton, comme les bluesmen du sud des Etats-Unis. Il propose d’appliquer ses conseils sur « A la faveur de l’automne »… Tout le monde est attentif et admiratif. Mais les guitaristes amateurs se débrouillent bien !


Tété offre enfin un ultime cadeau : il joue en exclu « De ce côté-ci du bonheur », chanson du prochain album. On le rejoint de ce côté avec plaisir !
 
Et Greg, ambassadeur musicien de la Team Tété (qui joue sur sa guitare dédicacée…), demande si Imany et Tété veulent bien chanter « Un gospel pour madame », duo enregistré pour le nouvel album d’Imany. Avec simplicité, ils servent une version détendue et a capella – Imany ne se souvient pas des accords, même si c'est elle qui l’a composée!






20h. La joyeuse équipe se quitte après 1h de masterclass et d’échanges chaleureux, des images plein la tête… qui ont été cette fois partagées avec les internautes. Le livestream ne laisse pas de trace, pas de rediffusion possible, donc ces derniers ont aussi été privilégiés !


Photo et vidéo @sonialrt

Previously on LT TT : par ici.

Site de Tété – avec dates de tournée et plein d’infos musicales : www.tete.tt
Site de Cinq7 : www.cinq7.com
Site d’Imany : www.imanymusic.com

Sur Twitter : #TeamTete #Tete @tetemusic @Imanyofficiel @cinq7 @DLPmusique @louisours @Igorreteno @Gregouzzzzzze @l_july_l @MarlonTeamPanda @loiclemay @MathieuMourgue @Mikolasone @odessa0308 @sonialrt @SabrinaDelenne

Un nouvelle Masterclass guitare serait en préparation... Et une Masterclass chant est demandée !
Prochain livetweet prévu pour l’écoute en avant-première du nouvel album de Tété…

jeudi 1 novembre 2012

"César doit mourir", épopée en prison


Ours d'or au dernier Festival de Berlin, "César doit mourir" est le film d'une mise en scène de théâtre au sein d'un quartier de haute sécurité d'une prison romaine. Nous suivons le quotidien des prisonniers du casting à la représentation.

En adaptant "Jules César" de Shakespeare avec un casting de prisonniers, et en filmant ce travail en cours, les frères Taviani relèvent un double défi : celui que représente l’entrée du théâtre en prison et la catharsis que tout le monde attend, et celui de filmer du théâtre, joué par des amateurs.
Double défi réussi, avec talent, poésie et beauté.

Le film est réalisé comme une fiction, à partir d’un scénario, d’histoires rapportées par les prisonniers et de dialogues appris. Au point que l’on se demande si c’est vraiment un documentaire. Les prisonniers sont des acteurs justes et amènent de l’intensité à la fois dans la pièce de Shakespeare (qu’ils traduisent dans leur dialecte d’origine) et dans le film.

La caméra impose forcément son point de vue, et nous pousse à oublier pourquoi ces hommes sont enfermés, et le lieu dans lequel tout le film se déroule. En effet, la prison – plutôt sinistre – devient un espace de poésie et de liberté sans limite. Lors des scènes principales, l’espace se transforme en un lieu hors du temps, où les personnages de Shakespeare possèdent profondément les prisonniers (ou inversement).
Cet effet est renforcé par l’alternance des couleurs et du noir et blanc – superbe, contrasté – et la musique – romantique, lyrique, héroïque – qu’il nous arrive d’oublier (donc réussie). 


Le spectateur est donc emmené dans le quotidien de ces comédiens amateurs enfermés, mais trouvant une liberté dans le théâtre. Nous voyons des humains, simplement des humains. Qui, lorsque les répétitions sont terminées, quittent le tumulte de la scène pour le silence de la cellule, se séparent de leurs collègues mais pas de leur personnage, abandonnent la liberté symbolique pour l’enfermement. Néanmoins, le documentaire souligne discrètement leur démarche de reprise de confiance en soi et, par extension, de réinsertion.

« Depuis que j’ai connu l’art, cette cellule est une prison. »

Théâtre et cinéma, réalité et fiction ne cessent donc de se croiser, de se faire écho, de s’enrichir, pour donner un film esthétiquement et symboliquement superbe.


De Paolo & Vittorio Taviani, avec Casimo Rega, Salbatore Striano, Giovanni Arcuri...
Sorti le 17 octobre 2012.

mercredi 17 octobre 2012

Tété : invitation virtuelle pour rencontre irréelle


Tété est auteur, compositeur et interprète. Il ballade une musique pop-folk à coups de guitare funky et de groove communicatif. En pleine préparation de son nouvel album - troublant mélange d’efficacité intemporelle et d’élégance brute, d’après son site - il décide d’inviter des fans à live-tweeter une session en studio.

Pour ceux qui ne seraient pas familiers du réseau social à l’oiseau bleu, un live-tweet (LT) est l’occasion de faire vivre un événement en direct sur Twitter. Les plus nombreux sont ceux d’émissions de télé (réalité, en général), mais il en existe aussi pour les conférences de presse, les concerts, les matchs de foot… Peu importe, à partir du moment où l’événement est susceptible d’intéresser les gens qui vous lisent et de prouver que vous avez de la répartie. Il suffit de se mettre d’accord sur un « hashtag » (mot-clé), pour que les lecteurs potentiels puissent vous trouver facilement et que vous ayez l’impression d’appartenir à une grande communauté virtuelle.
Pour en savoir plus, vous pouvez cliquer ici et .

Donc, l’aventure commence là :

  
Après avoir pollué la time-line de Tété, six chanceux ont été choisis par l’artiste himself à passer 1h en studio avec son équipe et lui. Organisation de dernière minute, mais nous réussissons à tous nous retrouver dans le 10e arrondissement de Paris, pour boire un verre, faire connaissance et se mettre d’accord sur les bases de notre LT.



19h, nous nous rendons au studio, accompagnés de trois personnes de la maison de disque. Nous sommes accueillis chaleureusement par Tété, qui a l’air tout aussi ravi que nous de cette soirée.
L’heure en studio passe très vite, entre visite, écoute, explications, tweets, discussions et rires. Tété travaille sur le clavier et les chœurs de la chanson « A l’ancienne ». 

Seul dans son bocal, il lève la tête et nous dit : « Hé les gars, ça vous dit de faire des claps sur le refrain ? »
Nous : « … Tu t’adresses à qui… ? »
Nous avons donc eu la chance de chausser des casques afin de rythmer un peu plus ce morceau…
 

20h, après quelques mots échangés avec l’équipe, nous sommes obligés de les laisser travailler… Nous nous promettons de nous revoir en concert, et nous perdons entre sourires, remerciements et satisfaction.

Tété est généreux, simple et drôle, et il aime partager son travail, autant en nourrissant son site, riche de vidéos, bons mots et infos, qu'en proposant ce genre de rencontres. Ces occasions sont rares pour des amateurs de musique... même quand ils suivent un artiste dès le début de sa carrière.

Cette soirée restera donc un très bon souvenir pour les fans, et peut-être même pour Tété, à l’initiative de cet événement.


Twitter a l'avantage de permettre de communiquer sans intermédiaires. En effet, la plupart des artistes gèrent leur compte Twitter eux-mêmes, les médias et entreprises embauchent des Community Manager etc., ce qui permet un échange direct et souvent rapide, optimisé par la contrainte des 140 caractères.

Néanmoins, et sans vouloir cracher dans la soupe, il est important de préciser que le live-tweet représente aujourd’hui une formidable action de communication… souvent gratuite pour l’organisateur. En effet, l’information se diffuse très rapidement sur les réseaux sociaux et l’effet « boule de neige » est quasi instantané. Dans le cas de ce LT en studio avec Tété, non seulement il a été suivi et relayé, mais en plus, les fans ravis d’avoir rencontré leur idole, parleront longtemps de cette soirée, n’hésiteront pas à annoncer que son album sort en février 2013, et à inciter des amis à les accompagner au(x) concert(s).

Ce que je fais :
Le prochain album de Tété sort en février 2013. Toute ses dates en ligne ici.

Pour les twittos, suivez et le hashtag #TeamTete pour plus de détails sur ce LT !

mardi 25 septembre 2012

Les enfants de Belle Ville, une tragédie téhéranaise


Une séparation, d’Asghar Farhadi avait conquis les esprits, raflé les prix (Oscar et César du meilleur film étranger). La société Memento Films en profite pour distribuer le deuxième long-métrage du réalisateur, Les Enfants de Belle Ville.  Comme Une séparation, ce film d’une grande intelligence dissèque les questions du pardon et de la culpabilité dans une société régulée par la loi coranique. 

A Téhéran, « Belle ville » est un centre de rétention pour mineurs. Lorsque l’on fête ses 18 ans, on y pleure : la majorité signifie le transfert vers la prison pour adultes, et une possible exécution. Un moyen d’échapper à la peine capitale : que le plaignant demande grâce pour l’accusé. Lorsque ce plaignant est un père éploré qui niche son désespoir dans un conservatisme rigide, le travail de persuasion paraît impossible. Mais Ala qui veut sauver la vie de son ami Akdar, a des appuis : sa ténacité, son admiration pour la superbe sœur de l’accusé, les sourates du Coran sur la miséricorde divine, et les intérêts de la femme du plaignant…

Comme dans Une Séparation, le film s’ouvre sur un constat très simple : il faut sauver Akdar… Le décor est planté rapidement : quartier aux allures de cour des miracles, femmes voilées sans aucune liberté, hommes butés. Voilà pour la surface… qu’Asghar Farhadi prend plaisir, touche à touche, tel un restaurateur de fresques anciennes, à décaper, pour faire apparaître la complexité d’une situation sociale : les femmes à genoux peuvent se révéler plus puissantes que les patriarches, les grands religieux doux, les pratiquants fidèles passibles de blasphèmes, les matons protecteurs et les petits gangsters des anges-gardiens. Autant d'enchevêtrements rend les choix cornéliens : écartelés entre intérêts propres et principes moraux, les personnages d’Asghar Farhadi ont la beauté des héros de tragédie grecque et leurs regards perçants. À voir absolument.

Les Enfants de Belle Ville, Asghar Farhadi, 2012. 

lundi 10 septembre 2012

Réanimation : Cécile Guilbert au chevet d'un bel endormi

Dans ses valises, la maladie d'un proche peut amener, autant que l'abattement, la possibilité de rompre les habitudes, l'opportunité d'une nouvelle vie, rafraîchie. Le sujet du roman de Cécile Guilbert, Réanimation, promettait un livre passionnant. Dans sa critique, le Monde des livres (auquel collabore Cécile Guilbert) le qualifie de "tonique". Le Parisien lui donnerait le prix Femina... On n'en dira pas tant, mais le roman, vite avalé, ouvre des portes et invite à casser la routine.

Blaise est un artiste quinquagénaire sans enfant et avec peu de soucis... Quand sa femme l'a rencontré, son aptitude à se plonger dans le présent se manifestait par l'élasticité de son corps. Vingt ans après, le couple a gardé son énergie créatrice -elle pour les livres, lui les arts plastiques- et love son amour insouciant dans une petite «cabane», la modestie du mot édulcorant le caractère bobo de leur vie parisienne – verrière, vélo, et projets de livre-photos...
Aussi lorsque le malheur surgit sous forme d'une cellulite cervicale (infection de la graisse du visage), Blaise maugrée au mot «hospitalisation» et ne prend pas la mesure de l'urgence. Le lendemain il n'est plus qu'un tas de chair que des machines assistent. Sa femme est assurée de ne pas voir l'ombre d'une conscience avant trois semaines. Dans son esprit privé de repos, le bal des angoisses habituelles aux parents de malades bat la mesure : que faire ? quand lui rendre visite ? En reviendra-t-il ?
Outre d'effarantes questions, le veuvage temporaire lui prodiguera la possibilité de s'extorquer de ses obligations sociales. Une telle liberté, l'inédit de la situation et la découverte d'un nouvel univers (le service réanimation de l’hôpital) développeront les facultés de son imagination... Prolixe, la narratrice lit, écrit.

Simplicité du roman, nécessaire leçon de résilience

Dans son journal intime (le roman est présenté comme tel), elle sublime son homme. De telles rêveries qui cristallisent l'amour sont parfois redondantes et ennuyeuses : pour le lecteur et pour elle, l'attente se fait longue... La grande simplicité du livre -phrases courtes, récit chronologique du quotidien- n'aide pas non plus à justifier un quelconque prix littéraire. Qu'importe, suivant l'exemple de l'héroïne du récit, le lecteur ne butinera que le meilleur : une leçon de résilience, le recours aux références mythiques de l'auteur et le rappel qu'en dehors des cerveaux génies, la pensée paresseuse est une belle endormie. Non fouettée par des nouveautés, elle retourne à sa léthargie... 

Réanimation, Cécile Guilbert, Grasset, août 2012, 269 p.

"Alors que l'imagination d'intrigues, d'aventures et de personnages m'a toujours fait défaut, qu'aucune histoire ne me vient jamais à l'esprit et qu'au fond, je n'ai jamais eu envie d'en écrire, toute une cohorte d'historiettes, de sujets de nouvelles, de petits romans se bousculent dans ma tête depuis quelques jours." p233

jeudi 2 août 2012

Le choix de Barbara : humains dans le vent, en RDA


L'été, Paris, tranquille, donne l'occasion d'aller voir dans de petites salles les grands films loupés ces derniers mois. Chronique de Barbara, un film de Christian Petzold (sorti en mai 2012) sur l'Allemagne de l'Est au début des années 80 : la société de surveillance de la RDA, l'attrait de la liberté et de l'opulence qu'offre l'Ouest, les choix qu'il faut faire, entre les deux.


Ses velléités de fuir vers l'Ouest ont valu à Barbara, médecin de Berlin Est, plusieurs années de détention. À sa sortie de prison, pour prolonger la punition, elle est envoyée dans un petit hôpital de province. L'établissement est pauvre, l'attente du bus pour rentrer dans son déprimant appartement longue, et Barbara qui a perdu une partie de ses amis est isolée, quoiqu'étouffée par une surveillance rapprochée. Les contrôles policiers brutaux et réguliers conjuguent saccages de son logement et fouilles au corps, tandis que la protection amicale de son collègue André, un jeune médecin doué dont Barbara se demande ce qu'il fait dans un hôpital paumé, est si pressante, qu'elle semble être suivie de rapports à la clef pour les autorités...

Ce premier cercle de surveillance se nourrit d'un second, vicieux et efficace, composé de voisins scrupuleux... Indépendante et forte, Barbara réussit cependant à trouer par moment cette vaste toile d'araignée pour quelques étreintes passionnées avec son fringuant amant de l'Ouest. Des virées dont elle ramène bas, cigarettes et une atroce nostalgie de la liberté. L'attentionné André tente lui aussi de l'aider à s'échapper, pas géographiquement mais spirituellement, en lui rendant l'usage d'un piano ou en la passionnant pour ses cas médicaux...

Consumé par le quotidien, ou panser...

On a tous en tête deux longs-métrages sur l'Europe de l'Est, Goodbye Lenine (Wolfgang Becker, 2003), comédie nostalgique, et La Vie des autres (Florian Henckel von Donnersmarck, 2006), drame saisissant. Barbara est moins enjoué que le premier, plus lent que le second. Le cinéaste Christian Petzold déroule son histoire sans se presser, distillant avec parcimonie les éléments de compréhension du récit. Il en ressort un film qui plonge dans la vraie vie, et non dans le roman, c'est à dire dans une atmosphère pesante dont on s'accoutume mais qui use, parce que le malheur y consume sans tuer, et que les victoires sont à l'image des effets de l'époque, modestes. Dans cet enfer sur terre, le choix de Barbara se fait entre l'ici et le maintenant, qu'elle connaît, et qui, si dur soit-il, recèle de vagues promesses, et l'Ouest sûrement brillant... mais qui déjà révèle ses défauts (comme celui d'un possessif mari)...

Ce qui pourrait être le troisième volet d'un cycle sur l'Allemagne de l'Est est donc comme le dépassement des deux seconds, un film moins drôle, moins cliché et moins haletant mais plus fin et plus humain, plus complexe en somme. Le vent est si fort au bord de cette mer Baltique qu'on n'ose y avancer trop sûrement une certitude ou un plan d'avenir : ils seraient vite balayés. Les médecins alors, sont comme les Dr Rieux de la Peste de Camus, ils n'ont qu'à panser, panser, panser... Cela, Christian Petzold le raconte par un beau film réfléchi, dont l'héroïne est incarnée par un visage absorbé, celui de la belle Nina Hoss.

samedi 28 juillet 2012

Lettre d'amour à Camille, après son concert aux Nuits de Fourvière


Camille, épouse-moi.

Pour ta voix. Que tu utilises comme un instrument, que tu contrôles parfaitement et dont tu fais ce que tu veux. Que tu malmènes parfois. Grave puis aigüe. Éraillée aussi.
Pour les moments où tu chantes a capella, moments de grâce et de poésie intenses.

Pour ta musique. Si particulière, si poussée dans les expériences que tu tentes, partagée entre instruments, beat-box et paroles. Entourée d’un violon, d’un piano au son brinquebalant et retors, d’une guitare, tu crées une musique d’une richesse incroyable, qui pousse nos oreilles à écouter plus loin.

Pour ton énergie. Tu es folle, tu t’amuses, tu danses, et tu partages cette énergie sans limite qui a l’air de guider ta musique. Même lorsque les morceaux sont calmes et posés, ta légèreté est perceptible, tu flottes avec tes notes, tu occupes l’espace et fais exister ton groupe.

Pour ta générosité. Tu donnes l’impression de ne faire de la musique que pour le live, pour vibrer avec tes musiciens et ton public, pour donner une dimension supplémentaire à tes morceaux, pour dévoiler quelques perles que tu ne sors qu’à cette occasion. Tu n’as pas besoin de dire grand-chose entre tes chansons, ta présence et ton ouverture suffisent à satisfaire le public.
Pour cette improvisation finale que tu partages avec nous, comme si nous étions chanteurs.

Pour ta mise en scène. Au-delà du fait de tester un nouveau concept par album, tu le pousses jusqu’à mettre en scène ton concert. Ce n’en est que plus touchant, cette idée vient comme un cadeau offert au public. Les ombres chinoises, les costumes, la lumière intimiste et la proximité avec tes musiciens nous emmènent dans une bulle artistique unique (d’autant plus dans le magnifique cadre du théâtre romain des Nuits de Fourvière).

Pour cet album d'amour, qui s'amuse du décalage entre le monde d'aujourd'hui et l'esprit hippie des années 70, entre ballades folkloriques, ritournelles a capella, chansons de ménestrels et R&B.

Et pour plein d’autres choses encore : ton humour, ta beauté, ta simplicité, ta fidélité à tes musiciens, la dédicace à ta maman, ta manière de partager ton intimité, les miaulements et les aboiements que tu nous fais hurler, ta créativité, ta douceur, nos frissons, nos larmes, nos rires…

Ilo Veyou.


Toutes les dates de tournée ici.

mardi 24 juillet 2012

Bonheur titre provisoire, ou le malheur théâtral


Ça commence par une question : c'est quoi le bonheur ? Chacun à leur tour, Pauline, Paul et Alain s’interrogent et le mettent à l'épreuve, inspirés par Robert Misrahi, Spinoza, Koltès, Claudel, Montaigne…
Comment dire le bonheur, comment l’éprouver ici et maintenant alors que le monde souffre ? Pourtant, si désespoir et indignation planent, l’idée du bonheur persiste : « la vocation de l’être humain, c’est d’être dans la joie et dans l’accomplissement » dit Robert Misrahi.
Et c’est grâce à l’idée du bonheur, comme une vocation profonde, que nous pouvons nous scandaliser et condamner la souffrance et la misère. Le bonheur, même absent, montre la voie. Alain, Pauline et Paul le vivent sur scène, dans une histoire émouvante et cocasse, mêlée de rebondissements et de suspens.

Effectivement, la question naïve qu’il est difficile de résoudre « qu’est ce que le bonheur ? » est posée. Les trois concepteurs de cette pièce, qui se revendique agitatrice d’idées, poétique et philosophique, tente de trouver des réponses à cette éternelle interrogation… 

Maladroit et distant, le spectacle reste en surface, les comédiens manquent de naturel et de générosité et le texte d'intérêt.

Paul et Pauline se pose la question du bonheur et de la manière de l’atteindre. Est-ce un sentiment individuel et personnel ou dépend-il des autres ? Peut-on se sentir heureux en se contentant des petits plaisirs de la vie ? Comme partager une pomme… ?
Finalement, on se rend compte subtilement que ce sujet touche Pauline (la comédienne se roule par terre en pleurant). En effet, elle a fait plusieurs tentatives de suicide foireuses, et ne croit pas que l’on puisse être heureux dans un monde qui va si mal.

Il n’y a pas d’histoire, pas de relation particulière entre les deux personnages, et les idées avancées restent au ras des pâquerettes.
Le spectacle se déroule donc sur un ton enfantin et sans intelligence pendant 1h30 (enfin au moins 1h puisque je n’ai pas pu tenir jusqu’à la fin…).

Le metteur en scène est également présent au plateau, puisqu’il peint une toile géante sur laquelle les comédiens évoluent. Il y écrit également quelques mots-clés, au cas où le spectateur ne comprenne pas de quoi il s’agit : « bonheur », « amour », « rire »…
Et le peu de musique présente dans le spectacle finit de l’enfoncer : France Gall, Jean Jacques Goldman et un peu de violon lorsqu’il nous faut noter que le moment est émouvant.

En bref, ce spectacle est non seulement vide, de sens, d’émotions et d’imagination, mais il est aussi prétentieux… Le texte, s’il l’on peut l’appeler ainsi, est inintéressant et manque cruellement de profondeur (peut-être parce qu’écrit collectivement par les trois protagonistes, qui ne sont pas auteurs) et les acteurs déclament un texte qui ne leur parle pas.

Ou comment prendre le public pour un imbécile.


Dans le cadre du Off d’Avignon. Jusqu’au 28 juillet à 16h30 au Théâtre des Halles.

mardi 17 juillet 2012

Pépito Matéo, ou comment conduire les mots "sans les mains et en danseuse"


"Tout est arrivé à cause de cette satanée histoire... A l'aube, j'ai dû quitter une fois pour toute l'enfance, sur mon chemin de Compostelle à moi... A l'heure qu'il est, je n'en suis toujours pas revenu... Faut dire qu'entre temps on m'a piqué mon vélo... Ce qui fait que je suis encore loin d'être arrivé, car comme le dit la sentence : "Celui qui, en partant de zéro, n'est arrivé à rien, n'a de merci à dire à personne !"
"Mais est-ce bien raisonnable de raconter tout ça à des oreilles indigènes ?"Pépito Matéo décide de nous raconter une histoire vraie, la première aventure de sa vie d'adulte, où toute ressemblance avec des personnes existantes est pure vraisemblance... (sauf pour le passage avec le dragon).

Pépito Matéo pédale dans un récit déjanté, une quête quasi-autobiographique, une histoire poético-burlesque. Comme s'il nous permettait de libérer nos rêves inexprimés, nos envies d'enfant, enfermé dans notre chambre, à jouer avec des amis imaginaires et à se raconter des histoires rocambolesques en y croyant fermement. "On dirait qu'on est sur un vélo, mais volant, et puis on vivrait dans un monde sans mamans ! Et moi, j'aurais un poney !" Et puis tout serait possible, parce que chacun veut y croire, accroché aux lèvres de Pépito. Qui pédale en danseuse mais conduit les mots avec précision.
Il faut battre son père tant qu'il est encore chaud.

Avec proximité et interaction, il s'adapte à son public, grands enfants que nous sommes, et arrive à sonder ce qui nous fait frémir. Et rire.

Il sait ici révéler la folie du monde avec légèreté et humour, sens et poésie. Il fait appel à notre enfance, plongée dans nos imaginaires ; notre adolescence, période où nous avons eu envie de quitter père et mère pour faire le tour du monde en scooter ; et notre vie d'adulte, manquant souvent d'espaces pour improviser. Mais il nous rappelle que "nous vivons tous dans un rêve éveillé".Quand on est sans les mains et en danseuse, ça passe plus vite.

Il nous tutoie, nous propose une histoire humaine tout en titillant nos rêves enfouis. Il malmène cet "art de la parole" dont on parle tant. Il bannit le traditionnel "Il était une fois" pour mieux nous plonger dans son univers et nous expliquer ce qu'exister veut dire.

Conteur pour adultes, raconteur à des oreilles indigènes et souvent incrédules, réciteur pour oublieurs de rêves, voila la dure mission que Pépito Matéo s'impose. Avec succès.

L'histoire n'a ni queue ni tête ni pieds, Pépito Matéo se jette sans les mains, et c'est nous qui dansons.

Au Off d'Avignon, du 8 au 27 juillet 2012 (relâche le 17 juillet), à 12h30 à la Manufacture.

samedi 7 juillet 2012

"Sibérie" d'Olivier Rolin

Parmi les textes que regroupe l’ouvrage Sibérie d’Olivier Rolin, trois étaient initialement destinés à une publication dans le Monde, jusqu’à ce qu’ils soient évincés de ses colonnes par l’actualité des attentats du 11 septembre 2001 : de l’Est à l’Ouest, quand l’Histoire chasse l’Histoire. Dans l’entretien qu’il nous a accordé pour parler de cet ouvrage publié aux éditions Inculte, il est en effet question d’histoire, mais aussi, de voyage et de littérature. Lire la suite de l'entretien sur la Cause littéraire

lundi 14 mai 2012

"Des chaussures pleines de vodka chaude" ou des garçons en Russie : Zakhar Prilepine


Avant de devenir un écrivain à la mode, Zakhar Prilepine a été vigile dans une boîte de nuit, manutentionnaire, engagé volontaire dans les deux guerres tchétchènes… Il a également été responsable régional du Parti national-bolchévique jusqu’à son interdiction par l’actuel pouvoir : on imagine aisément qu’une telle vie ne manque pas de matière romanesque. Au point d’ailleurs qu’il apparaît dans la galerie de personnages du Limonov d’Emmanuel Carrère, fasciné par la Russie. Mais, justement, qu’est-ce que ces chaussures pleines de vodka chaude nous donnent à voir de cet immense pays ? Critique à lire sur la Cause littéraire

jeudi 26 avril 2012

« Tangente vers l’est » : une jolie prose de Maylis de Kerangal


Avec une quinzaine d’autres écrivains français, Maylis de Kerangal a pris le Transsibérien à l’occasion de l’année France-Russie 2010. Pour ce voyage officiel organisé par l’Institut français, le  train avait été rebaptisé Blaise Cendrars. De cette drôle d’entreprise littéraire, la plupart tireront un récit de leur voyage (Dominique Fernandez), des considérations historico-politiques (Danièle Sallenave) ou de simples romans où l’expérience sibérienne ne semble pas transparaître (Nicolas Fargues). Ils sont finalement peu comme Maylis de Kerangal à avoir fait le choix d’un roman ayant pour décor le Transsibérien. Ce bref récit a pour titre Tangente vers l'est : critique à lire sur La Cause littéraire

vendredi 6 avril 2012

« Littérature, politique » d’Olivier Rolin : plutôt l’une que l’autre

« Si le roman devait mourir (…) c’est un peu la civilisation et l’intelligence qui vont crever », c’est ainsi qu’Olivier Rolin exposait sa pensée dans l’émission Apostrophes consacrée à l’art du roman, en 1987. Vingt ans plus tard, dans un essai intitulé Littérature, politique, il parle avec amour et conviction des auteurs de sa bibliothèque comme une démonstration de la richesse civilisationnelle de la littérature. Mais ce livre est davantage qu’une suite d’hommages à des écrivains. Tout d’abord parce qu’il porte un regard intime et bienveillant sur la littérature de Jean Echenoz à Pierre Michon, en passant par Blaise Cendrars ou Claude Simon.
Critique à lire sur la Cause littéraire.

mardi 3 avril 2012

« Banquises » de Valentine Goby

Sélection du Grand prix des lectrices de ELLE 2012

Banquises n’est pas un mauvais livre : l’écriture et plutôt dense et bonne, les personnages psychologiquement recherchés et vraisemblables, l’intrigue non dénuée d’intérêt. Pourtant, quelque chose fait que l’on s’ennuie dans le dernier roman de Valentine Goby : quelque chose fait défaut.

Sarah a vingt deux ans quand, suite à la mort de sa meilleure amie, elle disparaît dans un voyage au Groenland. Aucun message, aucun corps, aucun indice ne permettra à la famille de savoir ce qu’elle est devenue : plus que tous les autres membres de la famille, l’impuissance de la mère face à l’incertitude est patente. C’est au travers des yeux de Lisa, la benjamine de la famille que le lecteur suit la disparition de l’aînée : ses prémices dépressifs, l’absence des premiers temps et finalement l’ombre éternelle de celle qu’elle n’arrivera jamais à remplacer. Empreinte d’autant plus indélébile que Sarah était de ces aînées qui prennent de la place par leur passion (ici la musique) et leur parole, elle était intarissable sur le sujet.

On devine ainsi que d’adorée à abhorrée, que passionnée ou silencieuse, l’aînée n’aura de cesse de prendre trop de place : dans le cœur des parents, dans le souci des parents, dans les rêves des parents. Et, finalement, c’est avec bien peu de mal, que Lisa s’en sort, prenant de manière quasi-stoïque les claques inconscientes de la mère quand celle-ci, au lieu de se réjouir de la publication du premier roman de sa puînée, la remerciera d'avoir gardé son patronyme comme un signal de plus à Sarah. C’est peut-être cela qui manque au livre de Valentine Goby : celle par qui la disparition nous est contée, Lisa, semble bien peu impliquée, y compris dans sa propre vie, comme effacée du roman.

Il y a bien ce voyage que Lisa initie au Groenland sur les pas de sa sœur des dizaines d’années plus tard. Loin de la famille qui accaparait la douleur et négligeait sa personne, là peut-être, peut se développer ce personnage, dans les contemplations de paysages désolés de la fonte de la glace, dans les échanges rustres avec des pêcheurs qui ont peut-être croisé Sarah. C’est d’ailleurs là une finesse qu’il faut reconnaître à l’auteur : le moteur du voyage de Lisa au Groenland n’est pas tant de découvrir un quelconque indice sur la disparition de sa sœur, fantasme parental, que de se retrouver, elle face à la disparition de Sarah.

"Banquises" Valentine Goby, Albin Michel

vendredi 30 mars 2012

« Inconnu à cette adresse » à voir à Palaiseau


1932-1934. Une correspondance fictive entre deux amis, un Allemand et un juif Américain, évoque la montée du nazisme et les questions, politiques et morales, de liberté et d’indépendance d’esprit. Mis en scène par la compagnie Hydre productions, le best-seller de Kathrine Kressmann Taylor (1903-1996), "Inconnu à cette adresse", sera proposé à Palaiseau (91) en mai.

Grands amis, Max et Martin ont tous deux monté une galerie d’art en Californie. En ce début des années 30, Max, célibataire d’origine juive, s’y retrouve seul, Martin ayant décidé de rentrer dans son pays pour donner à ses enfants une éducation germanique. Les lettres des deux hommes voyagent au-dessus l’Atlantique : on donne des nouvelles des clientes new-yorkaises, on se remémore le temps où Martin s’était épris de la sœur de Max, Griselle, et l’on s’envoie du «fidèle ami», du «très cher»… Côté allemand, riche immigré dans un pays écrasé par la crise économique, Martin observe, au départ sceptique, l’ascension d’un nouvel homme politique, Hitler… À San Francisco, à la lecture de la presse, Max s’inquiète : quel crédit donner à ces histoires européennes qui font cauchemarder les juifs d’Amérique?

La haine jusqu’à la lie…

Quelques œuvres d’art disposées sur scène symbolisent l’affaire qui lie les deux hommes. Pour fêter leur amitié, la joie de Martin de revenir dans une «Allemagne démocratique» (cette «terre de culture»), les bénéfices de Max sur ces croûtes, les deux hommes entament la pièce en buvant leur vin au calice…

Les comédiens Pierre Sallustrau et Alain Tardif ne lisent pas mais jouent, véritablement, les lettres écrites par des personnages qui pourraient leur ressembler physiquement. La scansion des entêtes des courriers prend rapidement l’air d’une abrutissante chanson tandis que les formules dites « de politesse » se font de plus en plus sèches. La guerre qui gronde dans le monde a déjà éclaté entre eux : plus de comédiens en bras de chemise, les vestons sont renfilés et la scène peu à peu plongée, comme l’Europe de ces années, dans l’obscurité. Jusqu’à quelle dose vendrait-on, en Faust, les morceaux de son âme pour assurer sa vie ? Que pèserait notre indépendance d’esprit dans un pays ravagé par la crise, la propagande et la haine de l’humanisme ? Les terribles réponses à ces questions, les comédiens les boivent sur scène jusqu’à la lie, dans des calices d'un doré aussi clinquant que celui qui envelopperait des âmes hypocrites…

Un texte fort (publié pour la première fois aux Etats-Unis, dans sa version intégrale, en 1938) servi, dans l’adaptation de l’Hydre Compagnie, par d’excellents comédiens : cette pièce plaît au public le plus vaste, et notamment aux collégiens qui l’on vue nombreux (à l’Aktéon théâtre à Paris).

jeudi 29 mars 2012

Lettre à ma mère au Lucernaire : de la banalité du mal familial


À voir actuellement au Lucernaire (Paris 6e) : Lettre à ma mère, le superbe texte de Georges Simenon adapté et joué par Robert Benoit. Critique à lire sur Les Trois Coups, le journal en ligne du spectacle vivant.

lundi 26 mars 2012

« Touriste » de Julien Blanc-Gras

Sélection du Grand prix des lectrices de ELLE 2012

Il faut se souvenir de Simone de Beauvoir relatant dans La Force de l’âge son voyage touristique à Naples : « Chaque matin des wagonnets à crémaillère hissaient au sommet du Vésuve une cargaison d’Américains », déjà. Et la démocratisation du tourisme n’a plus jamais cessé, ainsi naquit le touriste moderne, qui pour quelques centaines d’euros passera 15 jours n’importe où sur la terre : dépaysé sans être trop dérangé. Julien Blanc-Gras qui ne se veut donc ni voyageur, ni baroudeur, ni globe-trotter nous rappelle cette aporie du voyage moderne : « C’est le paradoxe du touriste : le principal désagrément de sa démarche réside dans l’existence de ses semblables ».

Alors serait-ce par modestie qu’il ne se veut rien de plus qu’un touriste ? Pourtant, sa passion des cartes, sa détestation même bienveillante des touristes all inclusive et tout simplement son métier de journaliste nous en font sérieusement douter. Après un premier voyage inaugural en Angleterre au lendemain de sa majorité, Julien Blanc-Gras n’aura de cesse de voyager : « Il faut se rendre à l’évidence, je dois aller dans tous les pays du monde », cette obsession, c’est certain n’est pas celle d’un touriste. Il veut trouver sa « place dans le monde », un long programme qui ne sera jamais bouclé en 5 semaines annuelles de congés payés ! C’est la raison pour laquelle il finira par trouver dans le journalisme la profession idéale pour ne jamais cesser de le faire. Mais, s’il accompagne un photographe en Polynésie ou une expédition scientifique à Madagascar, ce serait se méprendre que de croire qu’il est un simple touriste.

S’il fallait encore des arguments à donner à ce « touriste pas comme les autres », on dira qu’il voyage seul, qu’il part à l’assaut des clichés sur la Colombie et du conflit israélo-palestinien, qu’il sait profiter d’une absence de programme pour lancer au hasard un caillou sur sa carte de Chine, laissant le hasard décidé de la prochaine destination. Puis, il y a ces questions propres aux touristes que l’on pourrait très sommairement résumer à la pauvreté. Faire le constat de l’impuissance de l’individu à changer quoi que ce soit aux inégalités et goûter amèrement au cynisme d’en profiter quand même. C’est sûrement dans ce constat en pointillé que Julien Blanc-Gras est davantage journaliste que touriste.

"Touriste" Julien Blanc-Gras, Au diable vauvert
 
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