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mardi 26 juillet 2011

Danses libres, ou la diagonale à poil



Cher Monsieur Chaignaud,

J'ai déjà eu l'honneur de vous rencontrer à deux reprises : une fois aux Subsistances, à Lyon, en tête-à-tête, pour Aussi bien que ton coeur, ouvre moi tes genoux, et une deuxième fois au Festival d'Avignon, de manière plus... collective et partagée, dans le spectacle de Boris Charmatz Flip Book. Je vous ai rencontré par procuration, je dois l'avouer, mais non sans un plaisir singulier et juvénile.
Vous aviez, depuis, une place particulière sur la liste des artistes dont je suis tombée amoureuse après les avoir admirés sur scène.

J'utilise le passé car samedi dernier vous m'avez déçue.
Réjouie de ce troisième rendez-vous, j'avais misé sur vous tout mes espoirs d'amatrice et curieuse de danse et de nouveautés spectaculaires, et vous faisais une confiance aveugle.
Malheureusement, pas de frisson en ce frais samedi de juillet. Serait-ce déjà fini entre nous ?
Peut-être suis-je exigeante, mais je pars généralement du principe qu'un spectacle, quel qu'il soit, doit me parler, m'apporter quelque chose, me raconter une (des) histoire(s), me procurer des émotions, m'interroger...
Mais Danses libres ne m'a pas atteinte. Pas une seule seconde. Même votre présence ne m'a pas réconfortée. Au contraire.
L'incompréhension a empêché tout laisser-aller dans mon expérience de spectatrice. Comment s'emparer d'une esthétique, d'un enseignement, aussi simples soient-ils, sans explication claire ? Comment donner à voir une technique sans la partager, sans permettre à l'autre de l'expérimenter ?
A vivre, la méthode de Malkovsky doit être enrichissante et libératrice, à regarder, elle est lointaine et égocentrique.
Le public ne peut rien deviner de votre démarche et des raisons de vos choix artistiques.
Où sont votre rigueur, votre technique, votre générosité ?

30 titres, 30 tableaux, 30 clichés, 30 fois les mêmes mouvements.
Répétitions sans émotion, exercices sans style, spectacle sans public.

Peut-être vous laisserai-je à nouveau votre chance, après avoir digéré cette déception... mais cette fois les mots doux ne suffiront pas.


Danses Libres, au Festival d'Avignon 2011.
conception Cecilia Bengolea, François Chaignaud
chorégraphie François Malkovsky (1889-1982) transmission de la chorégraphie Suzanne Bodak lumière Erik Houllier
avec Cecilia Bengolea, Suzanne Bodak, François Chaignaud, Thiago Granato, Lenio Kaklea, Mickaël Phelippeau et au piano Alexandre Bodak

lundi 11 mai 2009

Descendue du ciel sur la terre, et toujours aérienne, la danse de Martha Graham

Dans son dernier essai, Milan Kundera explique comment les « grands » écrivains du XXème siècle ont tenté de sortir du « mensonge romantique » qui a sclérosé des décennies durant l’art européen dans longues et lyriques embardées… Au secours de sa thèse, Kundera en appelle à Janacek contre Wagner, à Kafka contre Stendhal. Si éclectique soit-il, le romancier n’est pas un spécialiste de danse. Auquel cas, il aurait ajouté à sa liste de modernes, contre les petites ballerines de l’Opéra plus anges que rats, la chorégraphe Martha Graham et sa compagnie. Chronique d’une aérienne danse terrienne et de son programme A tel qu’il vient d’être présenté sur la scène du Châtelet.

La danse dite « moderne » aurait été inventée d’après un tableau de Kandinsky… C’est du moins ce que raconte la chorégraphe américaine, Martha Graham (1893-1991), mère et pionnière en ce domaine. Avant elle, les petits rats virevoltaient sur scène, trouvaient la source de leurs mouvements dans les cieux et s’y envolaient, légers. Après elle, les danseurs vont chercher leurs pas en eux-mêmes, dans leurs ventres, centres des émotions, et dans leur respiration, source de leur énergie ; puis ils les diffusent là où leurs membres peuvent les porter : au sol bien sûr, sur terre, c’est de là que viennent ces créatures trop humaines, ou légèrement au dessus d’eux, lorsque leurs forces les sortent un peu d’eux-mêmes. Point de pointes donc ou de royales portées, les danseurs ont les pieds plats ou pliés. Marx avait fait descendre la philosophie du ciel sur la terre, Martha Graham a, dans son art, fait pareil ; la danse moderne est née.

mg

Photo Johne Deane

Finie la divine légèreté ou les êtres éthérés, même la magicienne et la cruelle Médée vêtue de sa robe enflammée a ses heures de culpabilité (Cave of the heart)… Du ventre de ses danseurs, la chorégraphe née d’un médecin « aliéniste » extirpe névroses et fantasmes. Ainsi dans le labyrinthe, ce n’est guère contre le Minotaure que se débat Ariane, mais contre ses propres démons. Douloureuse, la mise à mort du monstre ne se fait qu’au prix de plusieurs tentatives d’approches et de diverses petites morts ; elle récompense le long et cathartique combat de la femme perdue qui, dans le mythe, était justement censée sauver ! Il n’est point d’invincible chez les modernes… (Errand into the Maze)

Il est seulement des êtres changeants avec le Temps, grande danseuse à la robe comme une roue qui scande le cycle des saisons et des vies. Inlassable sablier, elle détricote les sentiments que les « Romantiques » avaient figés : l’Amour qu’ils avaient fait violent et passionné est sur la scène de Martha Graham tantôt jaune comme le flirt, tantôt rouge comme le sang, parfois d’un spirituel blanc. Les trois couleurs pourraient correspondre à trois âges de la vie : l’adolescente, la jeune femme et la sage, mais c’eût été retomber dans le piège des catégories figées et du coup, nous mener trop loin de nos réalités. Au contraire, sur un même plateau, la danseuse blanche côtoie la jaune puis la rouge, se fait voler son amant par la séductrice érotique, reste souvent seule, loin de viriles et drôles d’angelots, puis finit heureuse et accompagnée (Diversion of Angels).

Des variations de sentiments naissent d’orageuses de relations. Une nuit estivale. La pleine lune éclaire d’une jaune lumière les robes de ces dames. Sur la place du village, les couples mûrs viennent observer leurs cadets -des nuées de fraîches filles attaquant un bel éphèbe-, puis s’en retournent dans une langoureuse volupté saccadée de gentilles scènes de ménages. Cela n’en a pas l’air, mais ce sont les femmes qui portent les galants musclés ; seul, Pierrot, sur sa barrière, l’aura peut-être remarqué (Maple Leaf Rag). Lui que la légende dit triste aura ce soir été bien gai : géniale inventrice, Martha Graham était aussi drôle que douée. Sa Compagnie, qui danse sa modernité, le prouve par sa dernière création (et avec toutes les autres de ce programme !).

Au théâtre du Chatelet, durée deux heures, 20 minutes d’entracte (programme A), 2 rue Edouard Colonne, Paris 1er Métro Châtelet, 01 40 28 28 40 Pour réserver : cliquez ici

Le 27 avril, en hommage à Martha Graham, projections de films à 20h à la Cinémathèque française, 51 rue de Bercy, Paris 12e, renseignements au 01 44 75 42 75. http://www.lacinemathequedeladanse.com/

Pour en savoir plus sur ceux que Martha Graham a inspiré, lire cette critique de l’ouvrage de Rosita Boisseau, “Panorama de la danse contemporaine”, cliquez ici

Marie Barral

martha-graham1

vendredi 13 février 2009

Un rare panorama de la danse contemporaine, d'après Rosita Boisseau

Rosita Boisseau, journaliste spécialiste de la danse contemporaine, annonce d’emblée la difficulté de dresser un panorama de la danse contemporaine. Cette discipline, peu connue du grand publique, connaît un questionnement et un renouvellement constant. L’ouvrage ne se présume donc pas être un dictionnaire, encore moins un best-of mais plutôt une galerie de portraits. La journaliste a choisi quatre-vingt-dix chorégraphes internationaux. Chacun de ceux-là est soumis à une sorte de questionnaire « à la Proust » afin de cerner son récit intérieur. L’ouvrage est aussi extrêmement riche en images qui arrivent à capter le mouvement de la danse. Il a donc fallu choisir et l’auteur a fait la part belle à la France qui reste le berceau de la danse contemporaine et le pays où les institutions soutiennent vigoureusement les artistes mais aussi aux Américains, Anglais, Allemands et Japonais. Le livre reflète la fertilité d’un paysage en constante mutation où toutes les esthétiques, tous les styles se juxtaposent.

Forte d’une longue histoire contrastée, la danse contemporaine reste tendue vers l’avenir. Elle est en conflit entre différentes références, c’est un art de l’intranquillité, réceptive aux remous du monde. Elle est au croisement de l’individu et de la collectivité. Même si chaque artiste reste unique, on peut repérer de grandes filiations enracinant la danse contemporaine dans le registre plus large de son histoire, alors même qu’elle voulait en faire table rase et dresser de nouveaux codes spectaculaires. La danse contemporaine a fini par admettre qu’elle était aussi une héritière.
Deux maîtres se distinguent : Maurice Béjart du côté européen, figure contestée mais imparable. Considéré comme trop néoclassique, il n’en demeure pas moins incontournable et commence à jouir auprès de ceux qui le rejetaient dans les années 80 d’une reconnaissance inattendue. Pour la première fois dans l’histoire de la danse, ce chorégraphe a fait basculer cet art dans le camp populaire. Peu revendicateur, il a souvent, bien avant tout le monde, injecté des thèmes, des motifs, des musiques, que nombre de chorégraphes ont repris après lui. Du côté américain, c’est Merce Cunningham qui forme dans son studio new-yorkais des danseurs affamés de technique moderne et d’abstraction. Au début des années 80, les Américains dominent le marché : le choc esthétique et intellectuel de certaines pièces comme celles de Cunningham marque. Les chorégraphes naissants (Ph. Decouflé, Dominique Boivin, Alain Buffard…) cherchent des modes de travail, de recherche, de techniques pour une danse qu’ils présentent mais qu’ils n’ont pas encore inventée.


Merce Cunningham sur une musique de John Cage

Il y a aussi, très peu connue, la branche venue d’Allemagne sous l’influence de la danse expressionniste allemande. Parmi les héritiers de cette époque, Angelin Preljocaj, aujourd’hui encore tiraillé entre une abstraction pure et une danse charnelle. Cette résurgence de la référence allemande se déroule depuis une dizaine d’années va de pair avec une mise en avant des figures de la postmodern dance américaine des années 1960-1970 : les improvisateurs comme Steve Paxton et Lisa Nelson, ou Yvonne Rainer connaissent un retour de célébrité. Contestant le spectaculaire, ils prônent le retour au quotidien, à l’improvisation, dansant dans des endroits improbables (rues, parkings, toits). Au milieu des années 80, Alain Buffard, Boris Charmatz vont rencontrer de telles figures pour intensifier leur refus de la « belle » danse des années 80 : goût pour le processus plus que pour l’objet fini, revendication de l’expérimentation, cousinage avec la performance.



QUELQUES CHOREPGRAPHES :

Pina Bausch, née en 1940 en Allemagne, est la chorégraphe allemande la plus fameuse à l’international et en passe de devenir une icône. Chez elle, tout démarre dans les bras : torsadés comme des sculptures indonésiennes, ils entraînent toujours le buste, les hanches puis les jambes de moins en moins visibles.
Ses parents tenaient un hôtel et Pina raconte qu’elle a passé son enfance sous le stables à écouter les grandes personnes, de cette observation, elle a tiré Café Müller (1978), pièce emblématique qu’elle interprète toujours : une femme aveugle en longue chemise de nuit se tient aux murs pour ne pas s’effondrer… Les rapports masculin-féminin, dans ce qu’ils ont souvent de plus cruel, nourrissent la geste de Pina Bausch.


Café Müller, création 1978
Plus qu’une danse spectaculaire, Carolyn Carlson, née en 1943 en Californie, donne à voir la quête d’une femme aux prises avec ses soubresauts intérieurs. Elle évoque la danse comme une poésie visuelle, une connexion d’inconscient à inconscient entre elle et le spectateur. Au début des années 70, quand elle s’installe à Paris, elle inculque ses principes qui selon elle « font exister le corps dans l’espace avec une acuité incroyable en ouvrant chacun à son propre imaginaire ». Elle a plus d’une soixantaine de pièces à son actif dont des solos majeurs comme Blue Lady ou Writings on Water. « Je veux mettre en mouvement les âmes, rendre visible l’invisible à travers la performance. Et c’est précisément là qu’est la performance. » confie-t-elle et reconnaît dans l’immobilité, le mouvement absolu. « Comment bouge-t-on sans bouger ? »



Blue Lady
Chef de file hautement singulière, Marie Chouinard, née à Québec en 1955, aime à se définir comme « une antenne mobile, un réceptacle des vibrations du monde » d’où va surgir un mouvement original. Depuis la création de sa compagnie au début des années 90, elle n’a cessé de fouiller les couches et les sous-couches de l’être pour faire jaillir un geste chorégraphique en prise avec l’archaïsme qui nous constitue. Marie Chouinard va bien au-delà du pur spectaculaire : depuis Cristallisation (1978), elle a poussé très loin l’étude du corps. Crues, nues, riantes, hoquetantes, grimaçantes, les créatures mises en scène par Chouinard osent tout. Loin de tous les codes chorégraphiques, Marie Chouinard aime raconter qu’enfant elle fut marquée par un documentaire sur les danses de rut des animaux. Ce choc originel a tatoué sa quête artistique, faisant de la danse un art éminemment érotique.

Depuis 1992 et la mise en scène des cérémonies d’ouverture et de clôture des Jeux Olympiques d’hiver d’Albertville, Philippe Decouflé est devenu le chorégraphe populaire par excellence. Toujours soucieux de tirer la vie vers le haut et le féerique, Philippe Decouflé conserve le cap de ses somptueux délires visuels. Ainsi, son obsession dans le travail est « de faire en sorte que tous les éléments –danse, lumière, images, musique… - soient au même niveau. Rien n’est mineur dans un spectacle. »

Jan Fabre, né en 1958 en Belgique est plasticien, chorégraphe, metteur en scène et écrivain flamand le plus en vue sur la scène internationale, conserve l’instinct féroce d’un artiste qui taille sa route sans rendre de compte à personne. Jan Fabre a vingt ans quand il commence à dessiner avec son propre sang. Repoussant sans cesse ses limites et celles du théâtre, il mesure sa rage de créer à sa capacité physique à résister. Dès ses premières pièces au début des années 80, Jan Fabre se situe hors champ : agressivité assumée, nudité totale, silence tendu, lenteur et durée des pièces, il met à sac le plateau dans des cérémonies convoquant danse, théâtre, arts plastiques et musique live. Sweet Tempations (zoo humain en folie autour de deux jumeaux paraplégiques), As Long as the World Need a Warrior’s Soul (rituel orgiaque, virulent attentat à la propreté) sont des spectacles qui brandissent les obsessions de Jan Fabre : l’ordre et le chaos, la sauvagerie de l’humain, les rapports de force, le sexe, la mort. Pour percer l’humain, Jan Fabre fait du théâtre un art de la cruauté : « Pour moi, il n’y a pas de tabous. Il n’y a qu’égards et empathie par rapport à la vie. »


Jan Fabre - quando l'uomo principale è una donna

José Montalvo (né en 1954 en Espagne), Dominique Hervieu (née en 1962 en France), le duo d’artistes français le plus connu à l’international s’est rencontré en 1981 dans un cours de danse. Ils créent la compagnie Montalvo-Hervieu en 1988 et c’est un succès dans l’écriture, leur gestuelle fait feu de toutes les influences engrangées. Avec On danfe (2005), Montalvo-Hervieu nous embarquent sur une arche de Noé pacifiste peuplée de poussins, de tigres, de kangourous et d’humains. Des images filmées par José Montalvo. On danfe est l’un des plus étincelants chapitres de la grande fresque baroque imaginée par le duo de chorégraphes, dont le désir d’enchanter le monde ne rate pas sa cible. Fans du mouvement Dada et du surréalisme, ils ont été nommés directeurs du Centre chorégraphique national de Créteil et du Val-de-Marne en 1998.

Poussières de sang

Salia Sanou (né en 1969 au Burkina-Faso) et Seydou Boro (né en 1968 au Burkina-Faso) créent à tour de rôle ou en complicité au sein de leur compagnie Salia nï Seydou lancée en 1995. « Renier la tradition serait se perdre » dit Seydou Boro. Dans un esprit résolument respectueux mais soucieux de ne pas camper sur leurs positions, Salia Sanou et Seydou Boro s’abreuvent à l’immense richesse chorégraphique du Burkina pour Taagala, le voyageur (2000), quatuor épaulé par deux statues et deux musiciens (percussionniste et flûtiste). Ce spectacle revient d’un voyage au Sahel durant lequel les artistes ont collecté des danses. C’est ainsi que la mémoire peut servir de socle à une histoire de la danse aventureuse.

"Panorama de la danse contemporaine" Rosita Boisseau, Textuel, 59€

mardi 18 novembre 2008

« Sombreros », le rêve de Philippe Decouflé

Vous n’y pensez jamais et elle, pourtant ,elle vous suit partout, votre ombre. A coup de jeux de pieds, jeux de mots et jeux d’ombres, le chorégraphe Philippe Decouflé a traqué ces silhouettes qui tournoient et s’allongent… Au théâtre national de Chaillot, jusqu’au 13 décembre, Sombreros allie poésie, humour et magie…

« Je ne me considère pas comme un chorégraphe, j’ai toujours cherché à aller plus loin que la simple danse. J’aime le mélange, à l’image de notre monde de plus en plus métissé. Ce qui m’intéresse, c’est de réunir un geste, une couleur et une lumière, des techniques qui ne sont pas faites a priori pour être mises ensemble… » expliquait Philippe Decouflé à l’occasion de son spectacle, « Sombrero ». La recette décrite s’applique à Sombreros, deuxième version du spectacle créé au Théâtre de Nîmes en octobre 2006.

Tout commence par un duo : un homme en chair et son ombre, derrière, qui, humaine pour l’occasion, le suit à la trace. Belle vision de l’ombre, mais bien manichéenne, incomplète… car qui sait si ces noires figures ne vivent pas leur propre vie dès que les humains sont partis, dès que la nuit tombe ou que le soleil est à midi ? Les ombres chinoises l’illustrent déjà, l’ombre est une illusion : l’ombre d’un arbre n’est pas toujours projetée par un arbre… Bien au contraire, pourquoi ne serait-ce pas l’original qui s’adapterait à son ombre ? Ainsi, chez Decouflé, après avoir été suivis par leurs ombres, les danseurs ondulent au rythme de ces dernières, courent derrière elles. Certaines ombres mènent tout simplement leurs propres vies, s’associant entre elles plutôt qu’à des objets réels : François et Françoise par exemple, « sombres héros » du spectacle, s’aiment et se recherchent en tous coins de la terre.

Dans cette folle épopée, point de carte pour avancer, en revanche, la langue doit être bien pendue : comme un inconscient, une ombre est très sombre et, pour l’explorer, jeux de mots et associations d’idées sont recommandés ; comme un inconscient, une ombre peut vivre un enchaînement d’aventures improbables : après-midi sur la plage et ballade en pays mexicain, partie de ski-nautique et folle course-poursuite… Faite au départ d’entrechats et d’une pureté poétique, la scène va donc peu à peu se peupler : humoristes, baigneurs et cowboys vont y ramener leurs maracas et leurs chevaux, trimbaler avec eux, leurs ombres au sol ou sur écran aux rythmes des musique de Brian Eno, Béla Bartok, Claude Debussy et Enrico Morricone.

Entre temps, le spectateur a perdu de vue François et Françoise, l’ombre du début et la jolie étoile blanche, mais comme dans un rêve, les enchaînements, si absurdes soient-ils, lui paraissent naturels. Certes certaines vidéos ont pu lui paraître un peu longues, comme si, ce faisant, le chorégraphe lui prouvait, insistant, qu’il maîtrisait la technique (qui se confond bien souvent pour le spectateur avec de la magie). Il n’empêche, le cinéaste-metteur en scène- régisseur son-lumière reste un danseur, son œuvre en garde une évidente harmonie et une légèreté dans l’élévation… A voir donc !

Chorégraphie de Philippe Decouflé. Musique de Brian Eno Avec Clémence Galliard, Yannick Jory, Sébastien Libolt, Alexandra Naudet, Leïla Pasquier, Aurélia Petit ou Nathalie Hauwelle (en alternance), Christophe Salengro, Olivier Simola, Christophe Waksmann

Sombreros, au Théâtre National de Chaillot, jusqu’au 13 décembre, à 20h30 1 place du Trocadéro, Paris 16e, 01 53 65 30 00, relâche le lundi ainsi que les 23, 25 nov et 7 er 10 dec. 1h30 sans entracte. Moins de 26 ans : 12 euros.


Puis :


Le Volcan, Scène Nationale, Le Havre, du 18 au 20 février 2009
Théâtre National de Nice, du 25 au 27 mars 2009
Scène Nationale de Narbonne, du 1er au 3 avril 2009
Centro Cultural de Belém, Lisbonne, Portugal, les 15 et 16 mai 2009
La Passerelle, Gap, les 26 et 27 mai 2009
Théâtre National de Porto, Portugal, les 3 et 4 juillet 2009.

 
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