lundi 3 février 2014

Marionnettes trop humaines : Ibsen à la Colline servi par Braunschweig

Avec Le Canard sauvage (1884), cinquième pièce du dramaturge Henrik Ibsen à laquelle il s'attelle, Stéphane Braunschweig, le directeur du théâtre de la Colline (Paris 20e), poursuit efficacement son job : donner chaire à des œuvres qui dissèquent les âmes, les culpabilité des fils,  les bassesse de pères ou la médiocrité des maris.


Photographe de son état et surtout pauvre bougre, Hjalmar vivote avec son épouse : tous deux emploient leurs soirées à compter et recompter les bouts de chandelle ; leur maison de bois est modeste -un intérieur ikea-, et leur fille Hedvig devrait perdre la vue... En outre, Hjalmar  ne doit rien à lui-même mais à l'associé de son père, qui par ses largesses, tente de réparer des fautes anciennes. Même le métier d'Hjalmar  est une usurpation : le candide n'a de "photographe" que le titre puisqu'il ne fait que retoucher les photos de son épouse, consacrant le reste de ses journées à rêvasser à son "invention". Cette « mission vitale » lui a été inoculée par un étonnant docteur qui soigne ses patients par l'illusion : le mensonge aide à vivre, estime ce praticien aussi doué à sonder les corps que les âmes.
 
A l'associé de son père et au docteur, une troisième bonne fée s'ajoute au-dessus du destin d'Hjalmar  : son ami  Gregers s'apprête à le renseigner sur les tromperies sur lesquelles repose sa vie. Il est vrai que Hjalmar est à l'image de la pierre de Spinoza : elle croit son mouvement libre alors qu'il est dû à une pichenette. De ces pousseurs de pierre -Sisyphes bien intentionnés- on ne sait en réalité lequel est le plus démoniaque : Gregers, l'idéaliste qui n'a de cesse de traquer la paille dans l'oeil d'autrui ? le cynique docteur, ce marchand d'illusion ? Gina l'épouse trompeuse ? ou le père de Gregers, profiteur des autres et de la vie ?


Une écriture symbolique servie par la mise en scène
 
Ce patriarche omnipotent, Braunschweig le met en scène avec brio : projetée sur le rideau, la face géante du comédien ne fait qu'une bouchée de son fils. Hormis ce recours à la vidéo, et le plancher penché qui illustre, physiquement, la chute spirituelle du foyer, Braunschweig propose un Canard sauvage d'une grande sobriété. Avançant masqué comme Ibsen, il dévoile la réalité par touches.

Ainsi de ce grenier, dont on parle tant chez Hjalmar et qui cacherait un canard sauvage. Poussées d'abord très furtivement, les portes y menant ne sont grandes ouvertes qu'à la fin de la pièce. Si dans la réalité, la "forêt"  qui s'abrite dans ce grenier ne compte que quelques vieux sapins de Noël défraîchis, Braunschweig la présente telle que les personnages malades d'Ibsen l'imaginent : luxuriante. Elle serait comme l'Eden d'où Adam et Eve ont été chassés (pour l'avoir souillée) et dont ils ne cesseront de rêver. Elle est la maison de notre enfance, la Cerisaie de Tchekhov, le symbole mythifié et mystifiant d'un âge d'or révolu. L'on sait qu'elle nous décevrait si nous la retrouvions, aussi,  très sagement, nous nous y promenons qu'en pensée, munis de nos œillères d'enfants, les paupières tout juste décillées.
 
Quant au canard rescapé, il illustre le mythe de la caverne de Platon : il est heureux dans son grenier car il a oublié les étendues sauvages. Lequel, d'Adam ou du canard, est le plus sage ? Il serait vain d'en conclure -ces deux candides attitudes n'étant peut-être pas si opposées-, aussi vain que de vouloir résumer la richesse d'une pièce d'Ibsen. Tout en empêtrant ses personnages dans la matière -soucis d'argent, affaires judiciaires et beurre frais-, donc en les modelant avec la pâte de la complexité humaine (ainsi Hjalmar, tordant de rire par son flegme et sa sensualité : la douceur des tartines ont raison de son orgueil de mâle vexé), Ibsen synthétise par quelques métaphores la vacuité, l'absurdité ou le tragique de leur vie. Ajoutées à sa virtuosité de psychologue, son symbolisme étoffe le discours de manière exponentielle. Et puisque Braunschweig exploite avec finesse ce symbolisme, on n'aurait pas assez d'une thèse pour analyser ce que ces deux-là nous narrent si bien.
 
A la Colline (Paris 20e, métro Gambetta) jusqu'au 15 février, 12 euros pour les moins de 30 ans.

 

jeudi 9 janvier 2014

Sombre dimanche, d'Alice Zeniter


Sombre dimanche est une vieille chanson hongroise dont la légende dit qu'elle fut interdite car elle poussait les gens au suicide.
Alice Zeniter, lauréate du livre Inter 2013, a emprunté ce titre pour son dernier livre, un roman initiatique qui cache sa mélancolie sous une délicate poésie.


Au bord des rails, les générations d'Imre se succèdent. Le dernier en date rêve de sortir du circuit fermé que lui impose son histoire familiale : les Mandy vivent dans cette vieille maison entourée des déchets des voyageurs, travaillent tous en gare centrale et, d'une façon ou d'une autre, perdent les femmes qui les entourent, sœurs, mères et épouses.

Jeune homme, Imre n'a pas perdu son appétence au rêve et son flegme d'enfant. Les blondes californiennes qu'il caresse dans ses songes, il ne saurait y prétendre sérieusement. Ironie du sort, ses errances dans Budapest mèneront ce romantique vers des aventures bien éloignées de ses aspirations : fantasmes aux bains sur une sexagénaire, emploi de vendeur dans un sex-shop, cohabitation avec sa sœur et son père. Son ami d'enfance, Z., est son exact contraire : on lit sa réussite sur son costume, les critiques littéraires l'adulent.


Les Hongrois, ce peuple de ratés, ne savent pas être heureux rappelle sans cesse ce bougon d'Imre, l'autre, le vieux, le grand-père à la jambe défoncée par Staline. A l'image de ce grand-père, les personnages de Sombre dimanche trimbalent tous une indécrottable mélancolie que la chute du Mur, attendue comme le Messie, n'a pas chassée. Le roman, pour autant, n'est pas si sombre ; l'on ne s'y suicide pas à la fin de la lecture, plus légère qu'annoncée : conscients de leurs inaptitude au bonheur, Imre et les siens s'avèrent attachants car doués pour l'autodérision.
Si Z. est le poète professionnel de l'histoire, Imre, qui jamais n'écrit, est l'(anti-)héros qui agit véritablement en artiste, soucieux à chaque instant d'adoucir la vie.
Alice Zeniter elle-même résume son livre ainsi : "Mon Dieu ce qu'une vie humaine peut être riche et insignifiante tout à la fois." Lorsque l'on referme Sombre dimanche, Imre s'est envolé, avec tous les sujets que la jeune romancière (26 ans) a voulu traiter : le passage de l'enfance à l'âge adulte, la famille, la chute du Mur. Ne reste que la délicate poésie avec laquelle le lecteur s'est rassérénée pour éponger son impression de vacuité.

jeudi 24 octobre 2013

Jean-Claude Grumberg, en synthèse


Les "ufs" sont, chez Grumberg, les juifs dont on a daigné l'identité. Exilés, morts dans les camps, fertilisant de la terre d'Auschwitz : en cinquante ans d'écriture, Grumberg a fait revivre ces fantômes, sans pleurnicherie. Comme une bande annonce, Chez les Ufs -Grumberg en scènes invite à découvrir les textes de ce dramaturge populaire, sprituel et joyeux. Au Théâtre de Poche - Montparnasse (Paris 6e), jusqu'au 17 novembre 2013.
Jean-Claude Grumberg a exercé le métier de tailleur. Sa pièce L'Atelier en témoigne. Depuis, il a l'air de gagner sa vie bien autrement : en écrivant des pièces courtes et longues, pour adultes et enfants, des paraboles qui mettent en scène, de façon comique, des aventures tristes de juifs : orphelins de guerre, exilés à Berlin dans les années 30, veuves de deportés, etc. De "juifs" mais également de toutes sortes de victimes, de ceux que la société bannit pour une couleur, une odeur ou une soi-disant double-allégeance qu'elle ne saurait supporter : rouquins, francs-maçons, communistes...

Qu'on ne s'y méprenne : l'auteur n'a jamais délaissé ses outils de tailleur. Cisaillant sa pensée pour n'en tirer que la substantifique moelle, il produit des pièces d'apparence légère qui auraient l'élégance des jupes d'une Chanel. Dans Chez les Ufs, le grand couturier assemble lui-même quelques textes choisis par l'entremise d'interventions à propos de son travail de dramaturge : comment il en est venu là ? -pour tromper l'ennui- pourquoi, il en écrit des courtes ? -pour éviter le mal de dos dû à une station assise prolongée-, etc.


Homme à l'accoutrement modeste, borgne à la mine bonhomme, Jean-Claude Grumberg n'a rien des allures que l'on prêterait à un lettré à succès. Il serait plutôt ce vieux grand-père qui, pour nous bercer, murmure ses histoires à l'oreille. Aussi, l'entendre, dans Chez les Ufs, parler de lui-même à la troisième personne écorne les tympans, le "il" impérial dénotant avec son air sympathique.


Le spectateur se lamenterait de cette vaine distance si ce n'était la fraîcheur des deux acteurs qui accompagnent Grumberg sur scène (Serge Kribus et Olga Grumberg) pour servir une écriture percutante et des histoires touchantes de sincérité. Outrepassant les coquetteries pré-citées, il se concentre sur les cadeaux que le bougre lui livre : une invitation à (ré)entendre des textes précisément brodés et le témoignage d'une époque.

A déguster, un dimanche en famille, après avoir profité du mignon salon de thé du Théâtre de Poche - Montparnasse...
Chez les Ufs, Grumberg en scènes, Théâtre de Poche - Montparnasse, Sous le regard de Stéphanie Tesson, jusqu'au 17 novembre, du mardi au samedi 19h, dimanche 17h30. Réservations : 01 45 44 50 21 ; de 10 à 30 euros.

75 bvd du Montparnasse, Paris 6e.
 
 

lundi 21 octobre 2013

9 mois ferme : Albert Dupontel, clowns naïfs et réalisateur facétieux


Avec 9 mois ferme, Dupontel partage une fois de plus son humour déjanté et sa bonne humeur barrée. Devant sa caméra, il donne la réplique à Sandrine Kiberlain, juge pète-sec enceinte d'un débile léger. Un duo qui fait hurler la salle de rire... Verdict pour ce film : y courir.


Ce film pourrait être intitulé "le Bête et la Douée" : elle, magistrate brillante gainée dans des tailleurs élégants que relève une blondeur aristocratique impressionne ses pairs par son ardeur au travail et une rigueur intellectuelle dont le pendant est une lourde (f)rigidité sociale... Lui, cambrioleur en rien gentleman, est plus maigrement doté : un esprit aussi épais que son vocabulaire est maigrichon, constitué bon gré mal gré au cours d'une enfance négligée. Lui restent cependant un corps musculeux et la débrouillardise qui sied à son métier.

Ces deux-là n'avaient pour lieu commun que la Cour... Ils ont pourtant réussi à mêler leur destin sur un bout de trottoir, au sortir d'une soirée trop arrosée.  Pour se blanchir, la pauvre juge aidera le prévenu (accusé de globophagie) à échapper aux fureurs d'une société avide de sang, de boucs-émissaires et de respect des convenances. Institution sociale qui déborde largement des murs dans lesquels elle devrait être confinée (le Palais de Justice) car elle agrège pêle-mêle médias, politiques et badauds, la Cour d'Assises se plait en effet à croire que les accusés sont des psychopathes sans aucun lien avec les bons citoyens.

Une bonne humeur corrosive

Ames sérieuses, s'abstenir : rien n'est crédible chez Dupontel dont le premier ressort humoristique semble être le grossier. Pour lui a priori, les chirurgiens sont des bouchers, les intellectuels des handicapés sociaux, les personnages de pauvres hères piégés par des peaux de bananes dont on a bien de la peine à expliquer pourquoi elles trainaient là. Le spectateur habitué aux intrigues fines et aux jeux de mots distingués rit presque malgré lui, mais franchement et à raison.

Humoriste funambule, Dupontel danse sur une crête : un pas de trop et la scène eût été lourde... La barre qui le maintient en équilibre est composée du brio des comédiens et du décalage à la source du rire. Dans les scènes comiques, un être raisonnable (le juge, la présidente du tribunal...) fait toujours face au grotesque. Le spectateur qui s'identifie à cette présence censée et éberluée est ainsi introduit dans le cadre. A son corps défendant, il se moque des naïfs croyant à des événements rationnels dans un monde qui ne l'est pas : il se rit donc de lui-même érigé en clown floué....

Albert Dupontel nous a bien eus : sous ses airs bonhommes, il dénonce nos grossières certitudes, nos préjugés et notre soi-disant bonne morale... Résultat : la Bête n'est pas celle que l'on croit !

9 mois ferme, d'Albert Dupontel, avec A. Dupontel, S. Kiberlain, 2013
 

lundi 23 septembre 2013

Vies de courage.. : L'Annonce de Marie-Hélène Lafon


En ces temps rudes pour l'agriculture, l'amour est bien peu souvent dans le pré. Avec la délicatesse qui lui est coutumière, Marie-Hélène Lafon met en scène dans L'Annonce (Buchet-Chastel, 2009) un couple que rien ne devait assortir dans un pays écrasé par le poids des années passées. Lumineux.


Fermier du Cantal, Paul a longtemps rêvé d'une femme. Non d'amour – on n'oserait- mais d'une douce épouse avec laquelle il coulerait ses vieux jours... Cette vie conjugale démontrerait que, dans ces campagnes âcres, le célibat et ses symptômes (alcool, sauvagerie, médiocrité) ne sont qu'une fatalité à déjouer. Pour cette femme tant désirée, Paul a aménagé un foyer à l'étage de la grange où vivent celles qui l'attachent au pays, celles qu'il ne saurait quitter plus d'une demi-journée, si ce n'est une fois en une décennie, parce qu'exceptionnellement il s'est arrangé : ses chères salers. L'honneur de cette exception est justement rendue à une nouvelle prétendante de la grange, femelle choisie parmi les imposées, Annette. Jeune femme mais déjà vieille fille, Annette vit chichement entre son gamin et sa mère dans le petit appartement d'une cité ouvrière à rêver de lignées princières... En la débarquant du Nord, Paul s'assure les grognements de ceux avec qui il partage depuis plus de vingt ans les travaux et les jours, les plats vernaculaires : ses oncles et sa sœur, soit trois vieux célibataires.

Comme dans Les Pays, son dernier roman, Marie-Hélène Lafon narre ici l'histoire d'un déracinement. Face au vertige causé par le décalage entre le pays quitté et la terre adoptée, ses personnages opposent des volontés tenaces. L'héroïne des Pays, Claire, se plonge dans le travail universitaire tandis qu'Annette s'attache chaque jour à contempler le paysage qui s'étale à ses pieds comme si elle voulait s'y enraciner spirituellement. Son regard erre entre les vallons sans jamais être freiné : l'horizon est, là, aussi fuyant que celui de son enfance était bouché par les hautes tours de la cité (et, pour cela, rassurant).

Personnages aux allures de bêtes de somme, confondant d'humilité, Paul, Annette et Claire forcent l'admiration par leur endurance, leur patience à construire, brindille après brindille, un avenir plus enviable  que celui vers lequel ils étaient engagés. Leur leçon de vie eût pu être naïve ou assommante, presque désuète pour le lecteur contemporain pressé... Que nenni ! La plume, ici, danse sur la page avec bien trop de tact et d'intelligence : point de scories chez Marie-Hélène Lafon dont l'on sent, sous son vocabulaire précis, qu'elle n'inscrit pas une phrase sans l'avoir auparavant vue dans le tableau intérieur qu'elle cherche à nous montrer après l'avoir mille fois pesée.
Sensuelle, cette écriture qui court au rythme des pensées des personnages rappelle celle de Pierre Michon. Chez elle comme chez Michon, chaque mot est la nuance d'une image que l'auteur extorque patiemment des tréfonds de son âme avant de la polir avec les outils de la raison. Nulle élucubration, nulle ratiocination, tous les éléments de la composition y tiennent leur place avec évidence. Deux peintres à lire.


L'Annonce, Marie-Hélène Lafon, Buchet-Chastel, 196.p. 2009

"Nicole était la gardienne de Fridières, la grande prêtresse de cette religion du pays, clos et voué à le rester autant par les fatalité de sa géographie et de son climat que par les rugueuses inclinations de ses habitants." p. 169.

Pour entendre M.-H. Lafon parler des Pays, cliquez ici.




vendredi 20 septembre 2013

Ozon, fenêtre sur corps...

Présenté au dernier festival de Cannes, Jeune et Jolie met en scène une lycéenne mineure d'un milieu parisien aisé se prostituant sans raison économique. Filmant les corps avec précision, François Ozon crée l'ambiance érotique dérangeante qu'on lui connait, aidé largement par la jeune et jolie Marine Vacth

C'est Isabelle ou Léa. Isabelle pour le lycée, les parents, les petits amis, Isabelle pour la vie parisienne en jean et pull ample, la coiffure échevelée de jeune adolescente et les chaussures plates ; Isabelle pour le portable officiel, les soirées théâtrales ou la complicité fraternelle quand « Léa » est réservé aux talons haut perchés-chemise en soie et mini-jupe, aux chambres d'hôtels, aux sous-vêtements noirs en dentelle, aux 500 euros cache, aux "suce-moi". Léa, 20 ans, est étudiante en lettres tandis qu'Isabelle n'a que 17 printemps. Les fréquentes douches effacent la première, afin que personne ne se doute de la double vie de la seconde, laquelle ne dispose pas d'alibis visibles pour mettre à disposition son corps auprès d'hommes très âgés, méprisants ou vulgaires : point de problème financier ni d'hérédité. A peine un père absent, un dépucelage décevant.
Marine Vacth joue cette Léa-Isabelle : "de beaux yeux mélancoliques" et un corps de jeune femme superbe autour duquel ne cesse de tourner la caméra d'Ozon. Léa fait-elle la "pute" parce qu'  "on n'est pas sérieux, quand on a 17 ans" ou pour remplir ce trou intérieur béant dans lequel son âme mélancolique se noie ? Les fantasmes et les mobiles de nos esprits sont impénétrables semble estimer Ozon, réalisateur sans conclusion auquel il ne reste, pour seul moyen d'action, qu'à danser autour des corps. D'ailleurs, ses personnages ne se parlent que très peu : ils s'épient. Ainsi de Victor (Fantin Ravat), le frère d'Isabelle ou du héros de Dans la maison (Ernst Umhauer). La caméra remplace leurs yeux et leurs jumelles, et sert à leurs bras trop courts de prothèse pour caresser les corps de muses superbes : Isabelle-Léa ou Julie (Ludivine Sagnier) dans Swimming Pool.
Spectateurs rationnels et optimistes se trouveront désarmés devant ces corps nacrés qui refusent d'expliquer ce qui les meut tandis que les autres, enchantés par l'élégance des cadres et le grain des peaux profiteront de ces histoires perverses pour nourrir leur rêverie sur ces gouffres amers qu'en humain civilisé, nous tentons sans cesse de boucher. Une invitation, à se replonger, pour prolonger le fantasme, dans Belle de Jour, de Luis Buñuel (avec Catherine Deneuve et Jean Sorel).
Jeune et Jolie, de François Ozon, août 2013, 1h33


jeudi 15 novembre 2012

Tété épisode 2 : Quitte à être généreux...

Mercredi 7 novembre 2012. Après quelques jours de tweets acharnés pour faire partie des heureux chanceux, 5 joyeux tweetos sont invités à une masterclass guitare avec Tété. Plus moi, qui n’ait pas touché une guitare depuis mes folles années scoutes. Mais je vais jouer du clavier… de téléphone portable. 

Jeudi 8 novembre 2012. Rendez-vous est pris à 18h30 au Studio Bleu, dans le 10e arrondissement de Paris, au dessus du New Morning et non loin du studio où Tété enregistre son nouvel album (dont on ne connait toujours pas le titre, soit dit en passant).
11h20. Je prends un TER cette fois. Pour que l’aventure soit folle jusqu’au bout… 5h de train. Je passe par des villages inconnus, qui me rappellent beaucoup la chanson « Villages pourris » des Wriggles (pour l’écouter, c’est là). Comme d’habitude, j’arrive en avance et me rends directement dans mon quartier préféré de Paris. St Denis est cosmopolite, artistique et ne se fatigue jamais. Je bois un verre en attendant impatiemment l’heure  de mon deuxième rendez-vous avec la Team Tété – qui s’agrandit – et l’artiste qui nous invite généreusement.
18h30. Je retrouve Louis, assistant du manager de Tété dans la boîte Derrière Les Planches. La Team est en retard, mais on prend le temps de se retrouver.
19h. Tout le monde est là, même Imany, en guest imprévue. Douce présence… Nous montons au Studio Bleu, en traversant un espace grouillant de musiciens - surtout des mecs…
Entre guitares folk et guitares classiques, six musiciens se retrouvent pour 45 minutes de masterclass détendue et enrichissante. Diffusée en live sur le web (via livastream) et livetweetée par Rachel de Cinq7 (label de Tété) et moi.


Tété explique simplement qu’il ne sait pas lire la musique mais qu’il aime faire sonner des accords simples et rythmer ses morceaux avec de petites astuces. 


Les tweetos n’ont pas tous le même niveau de guitare, mais chacun a l’air d’y prendre du plaisir. Dès les premières minutes, ça groove. Je trouve qu’ils ont la classe… Moi qui laisse ma guitare prendre la poussière à la cave.
Apparemment, Tété aime se désaccorder d’un demi-ton, comme les bluesmen du sud des Etats-Unis. Il propose d’appliquer ses conseils sur « A la faveur de l’automne »… Tout le monde est attentif et admiratif. Mais les guitaristes amateurs se débrouillent bien !


Tété offre enfin un ultime cadeau : il joue en exclu « De ce côté-ci du bonheur », chanson du prochain album. On le rejoint de ce côté avec plaisir !
 
Et Greg, ambassadeur musicien de la Team Tété (qui joue sur sa guitare dédicacée…), demande si Imany et Tété veulent bien chanter « Un gospel pour madame », duo enregistré pour le nouvel album d’Imany. Avec simplicité, ils servent une version détendue et a capella – Imany ne se souvient pas des accords, même si c'est elle qui l’a composée!






20h. La joyeuse équipe se quitte après 1h de masterclass et d’échanges chaleureux, des images plein la tête… qui ont été cette fois partagées avec les internautes. Le livestream ne laisse pas de trace, pas de rediffusion possible, donc ces derniers ont aussi été privilégiés !


Photo et vidéo @sonialrt

Previously on LT TT : par ici.

Site de Tété – avec dates de tournée et plein d’infos musicales : www.tete.tt
Site de Cinq7 : www.cinq7.com
Site d’Imany : www.imanymusic.com

Sur Twitter : #TeamTete #Tete @tetemusic @Imanyofficiel @cinq7 @DLPmusique @louisours @Igorreteno @Gregouzzzzzze @l_july_l @MarlonTeamPanda @loiclemay @MathieuMourgue @Mikolasone @odessa0308 @sonialrt @SabrinaDelenne

Un nouvelle Masterclass guitare serait en préparation... Et une Masterclass chant est demandée !
Prochain livetweet prévu pour l’écoute en avant-première du nouvel album de Tété…

jeudi 1 novembre 2012

"César doit mourir", épopée en prison


Ours d'or au dernier Festival de Berlin, "César doit mourir" est le film d'une mise en scène de théâtre au sein d'un quartier de haute sécurité d'une prison romaine. Nous suivons le quotidien des prisonniers du casting à la représentation.

En adaptant "Jules César" de Shakespeare avec un casting de prisonniers, et en filmant ce travail en cours, les frères Taviani relèvent un double défi : celui que représente l’entrée du théâtre en prison et la catharsis que tout le monde attend, et celui de filmer du théâtre, joué par des amateurs.
Double défi réussi, avec talent, poésie et beauté.

Le film est réalisé comme une fiction, à partir d’un scénario, d’histoires rapportées par les prisonniers et de dialogues appris. Au point que l’on se demande si c’est vraiment un documentaire. Les prisonniers sont des acteurs justes et amènent de l’intensité à la fois dans la pièce de Shakespeare (qu’ils traduisent dans leur dialecte d’origine) et dans le film.

La caméra impose forcément son point de vue, et nous pousse à oublier pourquoi ces hommes sont enfermés, et le lieu dans lequel tout le film se déroule. En effet, la prison – plutôt sinistre – devient un espace de poésie et de liberté sans limite. Lors des scènes principales, l’espace se transforme en un lieu hors du temps, où les personnages de Shakespeare possèdent profondément les prisonniers (ou inversement).
Cet effet est renforcé par l’alternance des couleurs et du noir et blanc – superbe, contrasté – et la musique – romantique, lyrique, héroïque – qu’il nous arrive d’oublier (donc réussie). 


Le spectateur est donc emmené dans le quotidien de ces comédiens amateurs enfermés, mais trouvant une liberté dans le théâtre. Nous voyons des humains, simplement des humains. Qui, lorsque les répétitions sont terminées, quittent le tumulte de la scène pour le silence de la cellule, se séparent de leurs collègues mais pas de leur personnage, abandonnent la liberté symbolique pour l’enfermement. Néanmoins, le documentaire souligne discrètement leur démarche de reprise de confiance en soi et, par extension, de réinsertion.

« Depuis que j’ai connu l’art, cette cellule est une prison. »

Théâtre et cinéma, réalité et fiction ne cessent donc de se croiser, de se faire écho, de s’enrichir, pour donner un film esthétiquement et symboliquement superbe.


De Paolo & Vittorio Taviani, avec Casimo Rega, Salbatore Striano, Giovanni Arcuri...
Sorti le 17 octobre 2012.

mercredi 17 octobre 2012

Tété : invitation virtuelle pour rencontre irréelle


Tété est auteur, compositeur et interprète. Il ballade une musique pop-folk à coups de guitare funky et de groove communicatif. En pleine préparation de son nouvel album - troublant mélange d’efficacité intemporelle et d’élégance brute, d’après son site - il décide d’inviter des fans à live-tweeter une session en studio.

Pour ceux qui ne seraient pas familiers du réseau social à l’oiseau bleu, un live-tweet (LT) est l’occasion de faire vivre un événement en direct sur Twitter. Les plus nombreux sont ceux d’émissions de télé (réalité, en général), mais il en existe aussi pour les conférences de presse, les concerts, les matchs de foot… Peu importe, à partir du moment où l’événement est susceptible d’intéresser les gens qui vous lisent et de prouver que vous avez de la répartie. Il suffit de se mettre d’accord sur un « hashtag » (mot-clé), pour que les lecteurs potentiels puissent vous trouver facilement et que vous ayez l’impression d’appartenir à une grande communauté virtuelle.
Pour en savoir plus, vous pouvez cliquer ici et là.

Donc, l’aventure commence là :

  
Après avoir pollué la time-line de Tété, six chanceux ont été choisis par l’artiste himself à passer 1h en studio avec son équipe et lui. Organisation de dernière minute, mais nous réussissons à tous nous retrouver dans le 10e arrondissement de Paris, pour boire un verre, faire connaissance et se mettre d’accord sur les bases de notre LT.



19h, nous nous rendons au studio, accompagnés de trois personnes de la maison de disque. Nous sommes accueillis chaleureusement par Tété, qui a l’air tout aussi ravi que nous de cette soirée.
L’heure en studio passe très vite, entre visite, écoute, explications, tweets, discussions et rires. Tété travaille sur le clavier et les chœurs de la chanson « A l’ancienne ». 

Seul dans son bocal, il lève la tête et nous dit : « Hé les gars, ça vous dit de faire des claps sur le refrain ? »
Nous : « … Tu t’adresses à qui… ? »
Nous avons donc eu la chance de chausser des casques afin de rythmer un peu plus ce morceau…
 

20h, après quelques mots échangés avec l’équipe, nous sommes obligés de les laisser travailler… Nous nous promettons de nous revoir en concert, et nous perdons entre sourires, remerciements et satisfaction.

Tété est généreux, simple et drôle, et il aime partager son travail, autant en nourrissant son site, riche de vidéos, bons mots et infos, qu'en proposant ce genre de rencontres. Ces occasions sont rares pour des amateurs de musique... même quand ils suivent un artiste dès le début de sa carrière.

Cette soirée restera donc un très bon souvenir pour les fans, et peut-être même pour Tété, à l’initiative de cet événement.


Twitter a l'avantage de permettre de communiquer sans intermédiaires. En effet, la plupart des artistes gèrent leur compte Twitter eux-mêmes, les médias et entreprises embauchent des Community Manager etc., ce qui permet un échange direct et souvent rapide, optimisé par la contrainte des 140 caractères.

Néanmoins, et sans vouloir cracher dans la soupe, il est important de préciser que le live-tweet représente aujourd’hui une formidable action de communication… souvent gratuite pour l’organisateur. En effet, l’information se diffuse très rapidement sur les réseaux sociaux et l’effet « boule de neige » est quasi instantané. Dans le cas de ce LT en studio avec Tété, non seulement il a été suivi et relayé, mais en plus, les fans ravis d’avoir rencontré leur idole, parleront longtemps de cette soirée, n’hésiteront pas à annoncer que son album sort en février 2013, et à inciter des amis à les accompagner au(x) concert(s).

Ce que je fais :
Le prochain album de Tété sort en février 2013. Toute ses dates en ligne ici.

Pour les twittos, suivez et le hashtag #TeamTete pour plus de détails sur ce LT !

mardi 25 septembre 2012

Les enfants de Belle Ville, une tragédie téhéranaise


Une séparation, d’Asghar Farhadi avait conquis les esprits, raflé les prix (Oscar et César du meilleur film étranger). La société Memento Films en profite pour distribuer le deuxième long-métrage du réalisateur, Les Enfants de Belle Ville.  Comme Une séparation, ce film d’une grande intelligence dissèque les questions du pardon et de la culpabilité dans une société régulée par la loi coranique. 

A Téhéran, « Belle ville » est un centre de rétention pour mineurs. Lorsque l’on fête ses 18 ans, on y pleure : la majorité signifie le transfert vers la prison pour adultes, et une possible exécution. Un moyen d’échapper à la peine capitale : que le plaignant demande grâce pour l’accusé. Lorsque ce plaignant est un père éploré qui niche son désespoir dans un conservatisme rigide, le travail de persuasion paraît impossible. Mais Ala qui veut sauver la vie de son ami Akdar, a des appuis : sa ténacité, son admiration pour la superbe sœur de l’accusé, les sourates du Coran sur la miséricorde divine, et les intérêts de la femme du plaignant…

Comme dans Une Séparation, le film s’ouvre sur un constat très simple : il faut sauver Akdar… Le décor est planté rapidement : quartier aux allures de cour des miracles, femmes voilées sans aucune liberté, hommes butés. Voilà pour la surface… qu’Asghar Farhadi prend plaisir, touche à touche, tel un restaurateur de fresques anciennes, à décaper, pour faire apparaître la complexité d’une situation sociale : les femmes à genoux peuvent se révéler plus puissantes que les patriarches, les grands religieux doux, les pratiquants fidèles passibles de blasphèmes, les matons protecteurs et les petits gangsters des anges-gardiens. Autant d'enchevêtrements rend les choix cornéliens : écartelés entre intérêts propres et principes moraux, les personnages d’Asghar Farhadi ont la beauté des héros de tragédie grecque et leurs regards perçants. À voir absolument.

Les Enfants de Belle Ville, Asghar Farhadi, 2012. 

lundi 10 septembre 2012

Réanimation : Cécile Guilbert au chevet d'un bel endormi

Dans ses valises, la maladie d'un proche peut amener, autant que l'abattement, la possibilité de rompre les habitudes, l'opportunité d'une nouvelle vie, rafraîchie. Le sujet du roman de Cécile Guilbert, Réanimation, promettait un livre passionnant. Dans sa critique, le Monde des livres (auquel collabore Cécile Guilbert) le qualifie de "tonique". Le Parisien lui donnerait le prix Femina... On n'en dira pas tant, mais le roman, vite avalé, ouvre des portes et invite à casser la routine.

Blaise est un artiste quinquagénaire sans enfant et avec peu de soucis... Quand sa femme l'a rencontré, son aptitude à se plonger dans le présent se manifestait par l'élasticité de son corps. Vingt ans après, le couple a gardé son énergie créatrice -elle pour les livres, lui les arts plastiques- et love son amour insouciant dans une petite «cabane», la modestie du mot édulcorant le caractère bobo de leur vie parisienne – verrière, vélo, et projets de livre-photos...
Aussi lorsque le malheur surgit sous forme d'une cellulite cervicale (infection de la graisse du visage), Blaise maugrée au mot «hospitalisation» et ne prend pas la mesure de l'urgence. Le lendemain il n'est plus qu'un tas de chair que des machines assistent. Sa femme est assurée de ne pas voir l'ombre d'une conscience avant trois semaines. Dans son esprit privé de repos, le bal des angoisses habituelles aux parents de malades bat la mesure : que faire ? quand lui rendre visite ? En reviendra-t-il ?
Outre d'effarantes questions, le veuvage temporaire lui prodiguera la possibilité de s'extorquer de ses obligations sociales. Une telle liberté, l'inédit de la situation et la découverte d'un nouvel univers (le service réanimation de l’hôpital) développeront les facultés de son imagination... Prolixe, la narratrice lit, écrit.

Simplicité du roman, nécessaire leçon de résilience

Dans son journal intime (le roman est présenté comme tel), elle sublime son homme. De telles rêveries qui cristallisent l'amour sont parfois redondantes et ennuyeuses : pour le lecteur et pour elle, l'attente se fait longue... La grande simplicité du livre -phrases courtes, récit chronologique du quotidien- n'aide pas non plus à justifier un quelconque prix littéraire. Qu'importe, suivant l'exemple de l'héroïne du récit, le lecteur ne butinera que le meilleur : une leçon de résilience, le recours aux références mythiques de l'auteur et le rappel qu'en dehors des cerveaux génies, la pensée paresseuse est une belle endormie. Non fouettée par des nouveautés, elle retourne à sa léthargie... 

Réanimation, Cécile Guilbert, Grasset, août 2012, 269 p.

"Alors que l'imagination d'intrigues, d'aventures et de personnages m'a toujours fait défaut, qu'aucune histoire ne me vient jamais à l'esprit et qu'au fond, je n'ai jamais eu envie d'en écrire, toute une cohorte d'historiettes, de sujets de nouvelles, de petits romans se bousculent dans ma tête depuis quelques jours." p233

jeudi 2 août 2012

Le choix de Barbara : humains dans le vent, en RDA


L'été, Paris, tranquille, donne l'occasion d'aller voir dans de petites salles les grands films loupés ces derniers mois. Chronique de Barbara, un film de Christian Petzold (sorti en mai 2012) sur l'Allemagne de l'Est au début des années 80 : la société de surveillance de la RDA, l'attrait de la liberté et de l'opulence qu'offre l'Ouest, les choix qu'il faut faire, entre les deux.


Ses velléités de fuir vers l'Ouest ont valu à Barbara, médecin de Berlin Est, plusieurs années de détention. À sa sortie de prison, pour prolonger la punition, elle est envoyée dans un petit hôpital de province. L'établissement est pauvre, l'attente du bus pour rentrer dans son déprimant appartement longue, et Barbara qui a perdu une partie de ses amis est isolée, quoiqu'étouffée par une surveillance rapprochée. Les contrôles policiers brutaux et réguliers conjuguent saccages de son logement et fouilles au corps, tandis que la protection amicale de son collègue André, un jeune médecin doué dont Barbara se demande ce qu'il fait dans un hôpital paumé, est si pressante, qu'elle semble être suivie de rapports à la clef pour les autorités...

Ce premier cercle de surveillance se nourrit d'un second, vicieux et efficace, composé de voisins scrupuleux... Indépendante et forte, Barbara réussit cependant à trouer par moment cette vaste toile d'araignée pour quelques étreintes passionnées avec son fringuant amant de l'Ouest. Des virées dont elle ramène bas, cigarettes et une atroce nostalgie de la liberté. L'attentionné André tente lui aussi de l'aider à s'échapper, pas géographiquement mais spirituellement, en lui rendant l'usage d'un piano ou en la passionnant pour ses cas médicaux...

Consumé par le quotidien, ou panser...

On a tous en tête deux longs-métrages sur l'Europe de l'Est, Goodbye Lenine (Wolfgang Becker, 2003), comédie nostalgique, et La Vie des autres (Florian Henckel von Donnersmarck, 2006), drame saisissant. Barbara est moins enjoué que le premier, plus lent que le second. Le cinéaste Christian Petzold déroule son histoire sans se presser, distillant avec parcimonie les éléments de compréhension du récit. Il en ressort un film qui plonge dans la vraie vie, et non dans le roman, c'est à dire dans une atmosphère pesante dont on s'accoutume mais qui use, parce que le malheur y consume sans tuer, et que les victoires sont à l'image des effets de l'époque, modestes. Dans cet enfer sur terre, le choix de Barbara se fait entre l'ici et le maintenant, qu'elle connaît, et qui, si dur soit-il, recèle de vagues promesses, et l'Ouest sûrement brillant... mais qui déjà révèle ses défauts (comme celui d'un possessif mari)...

Ce qui pourrait être le troisième volet d'un cycle sur l'Allemagne de l'Est est donc comme le dépassement des deux seconds, un film moins drôle, moins cliché et moins haletant mais plus fin et plus humain, plus complexe en somme. Le vent est si fort au bord de cette mer Baltique qu'on n'ose y avancer trop sûrement une certitude ou un plan d'avenir : ils seraient vite balayés. Les médecins alors, sont comme les Dr Rieux de la Peste de Camus, ils n'ont qu'à panser, panser, panser... Cela, Christian Petzold le raconte par un beau film réfléchi, dont l'héroïne est incarnée par un visage absorbé, celui de la belle Nina Hoss.

 
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