dimanche 1 mai 2011

A Wilko, l’ombre des demoiselles en fleurs

Chef d’œuvre du grand écrivain polonais Jarosław Iwaszkiewicz (1894-1980), Les Demoiselles de Wilko adapté au théâtre par le metteur en scène letton Alvis Hermanis est joué par des comédiens italiens, dans le cadre d’un projet théâtral européen (Prospero). Une poétique chorégraphie sur le temps présentée à Chaillot jusqu'au 29 avril 2011.

Il y avait celle avec qui Wictor faisait de longues promenades à cheval, Jola, celle dont il était le précepteur, Zosia, la demoiselle des discussions métaphysiques, Kazia, l’adolescente mince et fière qu’il avait aperçue nue se coiffant dans une clairière, Fela, la petite benjamine, Tunia, et l’aînée, Julcia, dont le souvenir de la douceur de la peau caressée aveuglément une nuit d’errance l’avait poursuivi toutes ces quinze années.


Wictor et sa mémoire sensorielle trop lourde revinrent dans le manoir des sœurs de Wilko pour se reposer, prêts à reprendre le cours de cet été lumineux comme s’ils n’avaient toujours que vingt-cinq ans. L’homme escomptait un peu que tout ce qui n’avait pas été accompli dans la tiédeur des nuits d’autrefois le serait au cours de ce deuxième séjour : l’amour, le dialogue, l’ancrage dans le temps. Il croyait inconsciemment pouvoir le faire en dépit de la mort de Fela, des kilos et des maternités des aînées, de ses quarante années, parce les sœurs se différenciaient difficilement les unes des autres et que c’était ce tout qui, se mouvant en une danse folle et excitante, agrémentait la vacuité des journées à Wilko.


Crédit photo : Marcello Norberth.


C’est cette danse que Alvis Hermanis met parfaitement en scène, faisant des sœurs des figures fugitives en cage piégées dans la mémoire de Wictor ; elles s’en échappent par des figures érotiques, prouvant que les souvenirs sont plus chargés et plus vrais que la pâle réalité laquelle, si elle peut prendre consistance une chaude après-midi entre les roseaux bruissants, s’évapore aussitôt au-dessus de l’étang.


La langue italienne que parlent les comédiens, la gravité de la voix de Sergio Romano (Wictor) et l’esthétisme des scènes de Alvis Hermanis qui sont comme des instantanées que le personnage aurait gardé en tête font de cette pièce un poème où les ombres accrochent - en la traversant- la lumière. Ombre parmi les ombres, le livre Les demoiselles de Wilko nest commercialisé. Appel à éditeur !


Du 4 au 6 mai, les spectateurs de Chaillot pourront de nouveau se délecter du talent de Alvis Hermanis, avec The Sound of Silence, une pièce sur les années 60.

Théâtre de Chaillot, Métro Trocadéro, 20h, durée 3h15 avec entracte, Tarif : 24 euros, 13 euros pour les moins de 25 ans. Tél.: 01 53 65 30 00

Une analyse des Demoiselles de Wilko au regard de l'oeuvre de Proust (de Anna Saignes, université de Grenoble) : lire ici.


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